Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Ombasic, Maya

Chroniques du lézard.
Éd. Marchand de feuilles, 2007, 121 p.

L'Âme cubaine

Quelle idée noire rumine le lézard qui se laisse caresser par le soleil brûlant de Cuba? Se sent-il prisonnier des frontières maritimes d'un pays qu'ils aimeraient franchir pour voir si l'herbe du voisin est plus verte? Maya Ombasic, une immigrante bosniaque, établit le modus vivendi des Cubains à travers sept chroniques qui soulignent les chamboulements survenus sur leur île au cœur du temps. De la colonisation espagnole à la révolution castratrice et castriste, ils ont dû métisser leur âme avec toutes les cultures. Que ce soient des dieux indiens ou de Yémaya, la déesse africaine de la mer, ils implorent leur protection pour se défendre contre une immensité pélagique qui, bon an mal an, prélève son tribut en pertes humaines.

Pour ne pas provoquer la gardienne naturelle de leur frontière, les Cubains ont marié leur état d'âme aux situations déchirantes de leur Histoire. Ils ont ainsi développé une résilience qui atténue la douleur des blessures ontologiques. Tissés plus serrés que jamais, ils se sont monté une trame qui laisse espérer un monde meilleur. Cette œuvre n'est pas le fruit du désespoir parce qu'elle est ouverte sur autrui. Pas une ouverture qui laisse entrer les touristes en mal d'expériences douteuses. Une ouverture empathique qui les soude à leur arbre de vie. Se reconnaître en l'autre avant de franchir d'autres étapes. Tous les personnages de ces récits se cherchent donc une voie qui les conduira à bon port malgré le trident de Poséidon.


Ces récits pénètrent le monde de l'identité, des filiations et des agressions qui détournent l'âme cubaine de ses origines. Les Chroniques du lézard renoue avec la mythologie de la mer comme L'Iguane de Denis Thériault. Seul le choix du saurien change pour aborder les mythes géniteurs de l'âme de ces insulaires. Portées par une écriture poétique à la Nelly Arcan, les phrases déroulent leurs syntagmes dans un crescendo lyrique qui évoque la force des déferlantes.