Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Paquet, Simon.

Une vie inutile. Éd, Héliotrope, 2010, 185 p.

La Vie de rat du parfait raté

" Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale ", a écrit Andy Warhol. Avec les réseaux sociaux, sa prédiction peut s'avérer. Mais pour l'instant, la plupart mènent une vie moins mirobolante qu'on le proclame. Il faut jouir d'une grande humilité pour affirmer, comme le héros Normand, que l'échec gouverne sa destinée.

Tout ce qu'il touche tourne au cauchemar. C'est le parfait raté, qui mène une vie de rat du fond de son sous-sol, et, plus tard, du fond d'un hangar. Sa vie ne sent pas le parfum de rose. C'est le cas de le dire. Un camion qui transporte du goudron parque chaque soir devant sa masure. Qu'il emménage ailleurs, le dit camion semble le suivre comme dans le film Duel. La victoire de cette poursuite infernale se scellera avec le dénouement.

Heureusement, Normand n'est pas un homme défaitiste. Il a le courage d'affronter toutes les misères. Abusé par sa sœur qui lui confie sans cesse ses diablotins d'enfants et abusé aussi par son patron qui ambitionne sur le pain bénit, le pauvre Normand supporte d'être le dindon de la farce. Et la farce n'est pas drôle. Dans ses moments de découragement, il songe même au suicide. Au moins si les ponts étaient pourvus d'un tremplin, ça lui faciliterait la tâche. Rapidement, il se ravise. Son seul ami, un Lituanien retourné dans son pays natal, l'invite à le rejoindre. Quelle belle occasion pour secouer sa guigne ! Quand on est né pour la malchance, le bonheur peut-il apparaître au bout d'un long voyage?

Le roman prend la forme d'un journal auquel le héros confie ses mésaventures. Chacune est racontée comme une nouvelle avec une chute inattendue que l'auteur amène avec brio. Jusqu'aux dix dernières pages, l'écriture conserve sa magie à travers des phrases télégraphiques, qui véhiculent une constante dérision. Mieux vaut rire de soi que de s'apitoyer sur son sort. L'intérêt du roman se maintient grâce à ce ton empreint d'ironie qui déride le lecteur. Son but était de récréer un lectorat désireux de se distancer des malheurs de la vie. Cependant l'accumulation incessante de déboires agace à la longue. J'avais hâte que l'auteur conclût. Mais entre les lignes, il faut comprendre que c'est une triste vie qui est le lot de tous et chacun.