Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Poirier, Philippe-Jean.

Jos. Éd. Marchand de feuilles, 2010, 215 p.

La Vie de bûcheron de Jos Montferrant

Sans se démarquer du point de vue littéraire, le roman pose le héros Jos Montferrant comme l’ancêtre du Québécois francophone d’aujourd’hui. Le « Samson canadien », né à Montréal en 1802, se caractérise par son indifférence à l’égard des ambitions de sa propre nation. Il ne se sent aucunement attaché au ceinturon fléché que l’on porte dans le Bas-Canada, le Québec actuel. Devenu adulte à l’époque des patriotes, il est même agacé par leurs revendications.

Il mène une vie de fainéantise en attendant de pouvoir identifier le grand rêve qui l’habite jusqu’à ce que sa mère le chasse du logis à 16 ans. Devenue veuve très tôt, elle escompte que ses trois fils se casent rapidement pour la libérer de ses obligations pécuniaires à leur endroit. Doué d’une force herculéenne, Jos se tourne vers le monde de la boxe. La chance lui sourit quand son ami Peter Aylen lui décroche un combat à la Place d’Armes. Sa victoire décisive sur un maître de ce sport en Angleterre le couvre de lauriers aux yeux des Canadiens-français. Il est loin de devenir le Maurice Richard du X1X e siècle même si son don exceptionnel l’appelle à figurer comme le sauveur des siens. Sa gloriole de vainqueur s’étiole en un jour comme l’hémérocalle. « C’est-ti pas triste de voir ce que vous devenez, lui lancera un cabaretier patriote. Boire comme un animal, jouer les gros bras contre les gens de sa race... »

Jos s’attend à réaliser de « grandes choses » sans être capable d’identifier le domaine où il pourrait exceller. Sa quête de soi tergiverse sur un parcours exempt de balises, voire un parcours qui l’amène à renier ses origines. S’il est un héraut, c’est celui de l’indétermination : « What does Quebec want ? » Sa vie s’est consacrée à un monde « sans allégeances ». Mille métiers, milles misères, il offre ses bras aux plus offrants. L’Outaouais l’accueille comme bûcheron, mais, rapidement, il doit participer à des bains de sang auxquels se livrent les Shiners (Irlandais) et les Orangistes (Anglais) pour s’assurer de l’hégémonie sur les eaux de la rivière Gatineau, le véhicule servant au transport des billes de bois.

Le roman se limite à des aspects fragmentaires, qui ternissent la renommée de cette légende de notre folklore, mais il contribue tout de même au débat identitaire actuel.