Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Poissant, Alain.

T'es où, Célestin. Éd. Sémaphore, 2015, 194 p.

Des Britanniques pressés d'asservir la population

Les Américains se sont donné un pays en 1776 au grand dam de l'Angleterre, furieuse de perdre une colonie bien organisée et prospère. 50,000 personnes loyales à la couronne britannique quittèrent les États-Unis pour s'établir au Bas-Canada (Québec). C'était un ajout appréciable pour consolider les assises d'un envahisseur bien décidé à mâter toute opposition à sa présence. Il n'était pas question de laisser courir le risque de voir l'ancienne colonie française s'ériger en état indépendant. Par contre, le patriotisme poussa les francophones et même certains anglophones à militer entre 1837 et 1838 en faveur de la souveraineté du Canada.


Comme exercice de mémoire, Alain Poissant rappelle cette époque. Même s'il évoque les grandes figures de cet épisode de notre 'Histoire, c'est à travers la famille Verdier de Napierville qu'il raconte comment se vivait au quotidien la rébellion des patriotes. Avant l'ouverture des hostilités, la population survivait paisiblement sur des fermes comme censitaires. Célestin Verdier, avant d'hériter de deux lots de son oncle, fut coureur des bois. Il maria finalement Céleste de qui il eut quelques enfants. Leur amour les rendit heureux, mais Célestin se questionnait sur le sort dévolu aux Canadiens français et anglais opposé aux Britishes. Il était révolté par les injustices des dirigeants qui réduisaient leur liberté à des conditions inacceptables. Devait-il affronter les soldats venus en renfort pour protéger l'envahisseur ? Des discussions d'avec son entourage, il en vint à la conclusion qu'il fallait prendre les armes, plutôt des fourches, pour combattre l'ennemi. Mal organisés, mal armés, les patriotes menèrent une guerre dérisoire contre un empire sur lequel jamais le soleil ne se couchait. On brûla leur maison et leur ferme, on détruisit leur récolte, on les pendit pour finalement les déporter en Australie.

Ce roman historique ne se détourne pas des membres de la famille Verdier. Ce n'est pas un récit de guerre, mais le récit d'une tragédie familiale. Une femme a perdu un mari qu'elle chérissait, privée ainsi de ressources pour nourrir ses enfants. Dans son désespoir, elle criait comme une folle pour que revînt son époux : " T'es où, Célestin ? " Elle était chichement soutenue par ses lettres, écrites par un prisonnier lettré. Le courrier se maintint alors qu'il fut déporté en Australie. Pas un instant, Célestin n'oublia les siens. Il leur renouvela son amour même à l'antipode du Canada. " Fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous ", voudrait-il lui écrire en imitant Jean-Pierre Ferland. L'espoir le soutint davantage quand la reine Victoria accéda au trône. .

C'est heureux que l'auteur ait réussi à tisser une riche trame en croisant l'uchronie de la Rébellion de 1837-1838 avec la douleur d'une famille qui en a subi les conséquences. La narration donne ainsi la parole aux victimes des dommages collatéraux pour qu'elles expriment leurs ressentiments. Dans une langue poétique, le roman se déploie tout en figures de style comme l'ellipse ou l'asyndète, un procédé qui alourdit inutilement l'écriture, sans compter les québécismes peu judicieux comme de se laver la noune (sexe féminin). Quel est le rapport avec le conflit ? Les critiques de cette œuvre sur le WEB sont élogieuses. Pour ma part, mon appréciation est moins enthousiaste.