Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Portal, Louise.

L'Angélus de mon voisin sonne l'heure de l'amour. Éd. Hurtubise, 2007, 202 p

Une baby-boomer branchée

Pour ce roman, Louise Portal s'est inspirée des relations qu'elle entretient avec son voisinage, en particulier un couple de fermiers et un homosexuel rongé par le sida, qui s'est retiré à la campagne pour attendre paisiblement sa mort imminente. C'est d'ailleurs grâce à sa suggestion que l'auteure a aiguillé son imagination vers la finalité et la solitude des endeuillés.

 

Jeanne Dorval, l'héroïne de 50 ans, vit une mauvaise passe depuis qu'elle est veuve. Sa carrière de romancière ne lui est pas d'un grand secours pour assumer cette perte. Après un an de veuvage, une planche de salut s'annonce au Petit Verger, une maison ainsi prénommée et habitée par Charles-Émile Jacques, le nouveau locataire. Comme il est naturel de pactiser avec ses voisins à la campagne, les contacts s'établissent facilement, d'autant plus que les deux personnages sont branchés sur la même longueur d'onde. Leur amour des arts les lie d'une amitié qui facilite les confidences à l'origine de la matière première du roman qu'écrit l'héroïne.

Elle se présente comme une femme fragilisée par la mort d'êtres chers, tels son père, son mari et son fils, les trois portant l'un des prénoms du héros. Cette coïncidence ne peut que la rapprocher davantage de ce sidéen susceptible d'alourdir son fardeau, mais dont la sérénité sert de contrepoids aux contingences humaines. Grâce à lui, Jeanne se retrouve au centre d'un trio convivial, complété par une amie excentrique, entichée de Charles-Émile. La vie recouvre ainsi ses droits, apportant son lot de joies, surtout pour elle qui sent que son deuil risque de prendre fin dans les bras d'un beau et jeune Apollon.

Le roman se déroule dans le cadre champêtre des Cantons-de-l'Est. L'auteure y crée une atmosphère paysanne et rustique qui rappelle les œuvres des peintres de Barbizon, en particulier L'Angélus de Millet et celui de Charles-Émile Jacques, homonyme du héros. Avec sa plume, elle investit ses personnages de la paix qui se dégage de cette dernière toile à laquelle réfère le titre. Grâce à leur amour de l'art, tous entrevoient finalement la lumière au bout du tunnel.

Les ingrédients rassemblés pour concocter ce roman se prêtaient à un questionnement métaphysique. Malheureusement, ils sont passés au moulinet de la mièvrerie. Au lieu de rehausser la saveur du plat, ils laissent un arrière goût de Harlequin. En fait, les thèmes de l'amour, de la mort et de la foi ne sont qu'effleurés. L'auteure a plutôt décrit le décor nouvel âge qui convient à la philosophie de pacotille des baby-boomers. C'est un roman de parvenus branchés et obséquieux. Les personnages snobinards se servent du " mon cher " et du " ma chère " sous une couche de vernis culturel dont ils se gargarisent. Même si Alfred Desrochers, Rimbaud, Saint-Exupéry, Mozart et Tchaïkovski couvrent l'œuvre de leur ombre, cet Angélus sonne faux. Il n'annonce pas l'heure de l'amour, mais plutôt de la vacuité.