Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Roger, Jean-Paul.

L'Inévitable. Éd. XYZ, 2001, 193 p.

Garçon victime de la pédophilie de son père

L'auteur a vécu le drame qu'il raconte dans son roman. Il s'est sûrement offert une catharsis en décrivant l'enfance de Paul, un jeune garçon qui sera inévitablement victime de la pédophilie d'un père violent et alcoolique.

" C'est soft comparativement à ce que j'ai vécu ", m'a dit l'auteur lors du Salon du livre de Montréal. Les voyeurs y trouveront quand même leur compte, mais ils n'apprécieront peut-être pas la valeur littéraire de l'œuvre ni ne verront comment la dynamique d'un pédophile mène à des conséquences irréparables pour la cible servant à la satisfaction des pulsions. Pourtant le roman souligne, même brutalement, l'ignominie des mortifications endurées par cet enfant, rejeté de plus par une mère qui ne l'a pas désiré. Sa différence le porte à s'isoler, voire à se terrer dans un trou. Ce symbole de la mort est éloquent.

Le père n'agit pas dans le plus grand secret. C'est avec la complicité tacite des siens qu'il se livre à la panoplie des jeux sexuels avec son fils, surtout quand il l'emmène en auto. L'ignorance et les plaisirs reliés à la sexualité font en sorte que Paul subit les assauts paternels un peu inconsciemment. C'est avec l'âge que la révolte apparaîtra.

C'est intéressant de lire un roman qui donne la parole à une victime. Ce n'est pas un reportage à sensation que l'auteur aurait romancé. C'est une vraie oeuvre littéraire, écrite avec un talent et une force qui la rendent efficace. À ceux qui n'aiment pas que l'on étale les drames humains à l'état brut, je rappellerai ce qu'écrivait Beaumarchais : " Il faut montrer le mal pour qu'on le haïsse."