Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Soublière, Alexandre.

Charlotte before Christ. Éd. Boréal, 2012, 215 p.

La Jeunesse montréalaise

Que penser de ce roman? Les grenouilles de bénitiers vont se signer deux fois plutôt qu'une si jamais elles ne le lisent. Pour imiter l'écriture de l'auteur, disons que c'est rough en crisse. Soyez sûrs que l'archevêché de Montréal s'abstiendra de marquer cette œuvre du sceau de son imprimatur. Et pourtant elle véhicule le message d'amour de l'évangile.

Comme le titre l'indique, Charlotte before Christ s'attache à une vie en attente de nouvelles Pâques. Les héros, Sacha et Charlotte, sont en quête de salut dans le paradis perdu de Milton. Un paradis perdu décrit avec une force brutale, mais qui, au-delà des conduites porteuses d'un avenir à craindre, est condamné avec autant de fermeté. Sacha ne veut pas d'un " Hochelag ", quartier dont la réputation s'attache à des clichés peu reluisants. Drogues, sexualité exacerbée, actes gratuits ont pignon sur rue, dit-on. Ces fruits défendus, les nouvelles pommes d'Ève, sont recherchés par les sybarites, prêts à tout pour se les offrir. Les personnages mènent une vie de patachon, de préférence dans des maisons cossues qu'ils squattent quand leurs propriétaires sont absents.

Sacha n'échappe pas à cette déliquescence, mais il est lucide. Il comprend qu'il est un chaînon d'une vie sans repères à laquelle il voudrait échapper grâce à l'amour exclusif de Charlotte, une jeune femme impulsive et sensible à la séduction. Il espère ainsi améliorer son sort en s'attachant une amante, le chat de la page couverture, qui lui enverrait des textos aux douze heures pour lui dire qu'elle l'aime. On croirait entendre Love me tender d'Elvis Presley. En fait, ce sont deux hipsters malheureux. Leurs amonts les affectent grandement. Charlotte n'avait qu'une grand'mère comme famille, qui, est malheureusement décédée. Sacha, dont la mère se meurt d'un cancer, souffre d'une arthrite sévère qui le fait boiter.

En bout de ligne, ce canevas sert de trame à une triste histoire d'amour dans un univers qui sent l'apocalypse. Le langage s'y moule par son caractère déjanté, lequel reflète l'état d'âme d'une certaine jeunesse, comme on le constate aussi dans Les Verrats d'Édouard H. Bond. C'est une ville en voix de s'angliciser qui s'exprime. On s'achète des shirts et des shoes. Bref, c'est un excellent tableau d'un Montréal linguistique qui voue une admiration sans bornes à la culture américaine, en particulier, à sa musique et à son cinéma.