Paul-André Proulx


Littérature Québecoises

Trottier, Benoît.

Des nouvelles de Pickton Vale.
Éd. Québec Amérique, 2008, 152 p.

Ciel variable

Le titre accroche, car les archives toponymiques de la mémoire renvoient à la municipalité d’Acton Vale en Estrie. Mais il s’agit plutôt d’une localité fictive, où Agathe Alary tient un bed and breakfast au 16, rue des Cèdres. Dans le confort de la chambre décorée amoureusement d’une couette et de tentures vertes, cette veuve espère accueillir un jour le voyageur assez entreprenant pour oser combler son manque d’affection. Malheureusement, l’optimisme de la chasseresse se dessèche à la vue du premier couple de la saison à se présenter. Ce sont des concubins homosexuels, effrayés par la tempête de neige, qui franchissent le seuil de son gîte.

Cette première nouvelle est la génitrice de toutes les autres. En fait, le recueil est consacré aux membres de la famille Alary. Le père est décédé, mais la vie continue. Chacun tente de prendre le train du bonheur. Un bonheur simple, mais qui exige, de la part des enfants d’Agathe, qu’ils quittent le toit familial pour échapper à son obsession de la perfection. Heureusement, sur leur route convergent les sauveurs honnêtes, qui leur offrent l’occasion de matérialiser leurs rêves.

Chaque nouvelle est coiffée d’un titre emprunté à la gamme des crayons Prismacolor. La première, intitulé Le Vert, donne le ton au recueil. C’est la couleur de l’espérance. L’espérance de ne plus vivre en transit en réalisant le petit quelque chose qui rend heureux. Les choix chromatiques vont de pair avec les prévisions météorologiques pour créer l’ambiance recherchée. Quoi de mieux que la neige pour obliger les protagonistes à peaufiner le saut qui les plongera dans leur nouvelle destinée !

La technique s’insère harmonieusement aux nouvelles, dont les suspenses aboutissent à des dénouements décoiffants. Le tout s’enchaîne comme dans un roman, soutenu par une écriture délestée de toute fioriture pour emballer ce présent tout simple, bien ciselé, bien ficelé, mais entachée par de longues phrases mal étayées par la ponctuation.