Paul-André Proulx

Littérature québécoise


Verdier, Vic.

1. Le Moderne Cabaret. Éd. XYZ, 2012, 279 p.

Portraits de trentenaires

Les auteurs trentenaires québécois sont féconds. S'ils n'écrivent pas de romans fantastiques, ils s'apitoient sur le sort des jeunes hommes, qui, pour la plupart, ont connu un échec amoureux. Les auteurs féminins lancent plutôt leurs héroïnes dans une quête forcenée de l'âme frère. En somme, les romans gravitent autour d'un partenaire qui a pris la clé des champs ou du poisson qui craint le leurre camouflé par un amour appâté.

Que faire se demande l'auteur narrateur ? Vic Verdier est très hésitant à vivre en couple avec Fred, prénom affectueux pour désigner sa dulcinée Violette Fredorovna, qui, elle-même, se juge indigne de son amour. Qu'a-t-elle fait pour se disqualifier de la course au tandem amoureux ?

Éros doit partager la scène avec des mafiosi, qui ont dans la lorgnette Le Moderne Cabaret, la boîte de nuit que Vic s'apprête à ouvrir pour y présenter des spectacles multidisciplinaires. Devra-t-il consentir, à une organisation criminelle, dix pour cent de ses recettes pour se procurer le droit de s'adonner au showbiz ? Autre dilemme qui le tarabuste autant que la mort prochaine de son père et le départ d'un ami engagé dans un spectacle pour sa boite afin de se venger d'une raclée subie par un Chilien, qui est retourné dans son pays.

Vic Verdier suit plus d'un lapin à la fois. Il risque de les perdre de vue d'autant plus que les personnages secondaires s'accumulent comme des mouches sur un ruban gommé. Cette générosité, caractéristique de sa personnalité, s'apparente davantage à un envahissement. Trop, c'est comme pas assez. C'est sans compter que ce débordement déteint sur une écriture voisine de la logorrhée.

En somme, c'est un buffet copieux, susceptible de provoquer des indigestions. Au-delà des bémols, il reste que c'est un bon portrait de trentenaires sympathiques, créatifs, éclectiques et hyperactifs. Ils se cherchent une voie en se nourrissant à tous les râteliers. Et la musique s'impose comme mets favoris. Comme Aznavour, ils se voient déjà en haut de l'affiche. Ils ont quitté leur province pour envahir Montréal. Mais finalement chanteront-ils avec Leonard Cohen
I did my best, it wasn't much
I couldn't feel, so I tried to touch
I've told the truth, I didn't come to fool you
And even though it all went wrong
I'll stand before the Lord of Song
With nothing on my tongue but Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah?

______________________________________________
 

2. Cochons rôtis.

Éd. XYZ, 2015, 288 p.
Les ripoux.

En 1984, Claude Zidi a tourné un film sur les ripoux, ce genre de policiers verreux qui règlent les conflits en tirant le plus d'avantages pécuniaires possible. Vic Verdier, pseudo de Simon-Pierre Pouliot, suit le même sillon en enfonçant la thématique dans des eaux encore plus troubles. Il trace du corps policier de Montréal un portrait qui s'apparente au roman d'horreur. Oeuvre parfaite pour lire la semaine de l'halloween.


En fixant la trame en 2016 et 2017, l'auteur ne vise pas nécessairement à anticiper ce qui adviendra des policiers voués à la protection des citoyens quoique ce qu'il décrit porte à réflexion. Les poulets ou les cochons comme on les appelle au Québec deviendront-ils des justiciers qui tueront sans vergogne celui qui se dresse sur leur chemin à l'instar de la mafia ? La lecture de son roman le laisse croire surtout quand un désaxé intègre la SPVM (Service de police de la ville de Montréal). Mais un psychopathe ne se colle pas d'étiquette sur le front pour s'identifier comme tel. C'est aux collègues que revient la tâche de le saper. Ils ne se gêneront pas pour le débusquer d'autant plus que ce sont eux qui subissent les contrecoups de la frustration de l'un des leurs, qui a longtemps pataugé en vain dans les eaux de la promotion..

En fait, l'auteur soupèse l'atmosphère infernale qui prévaut chez les limiers montréalais. La situation se corse quand l'agent Vic Verdier, héros de son propre roman, perd sa blonde (amante) brûlée vive en devoir au sein du même corps policier, d'où le titre de Cochons rôtis. Le pluriel indique le procédé habituel du psychopathe qui s'en prend à des collègues engagés dans une chaude lutte pour l'obtention d'un grade plus élevé. Le roman se colle à cet environnement empoisonné. Il décrit les interactions entre membres de la même fraternité. On ne court pas après les malfaiteurs, mais après le collègue qui décime leur rang.

C'est le canevas sur lequel l'auteur a dessiné sa toile. Une toile riche en péripéties. L'histoire qu'il a fignolée présente la forme d'un manuscrit que son héros confie au psy de la Police de Montréal. Le lecteur le parcourt en même temps que ce professionnel de l'âme. Ce que ce dernier découvre sent l'égarement de personnages que l'on accuse de brutalité dans les médias. Mais, cette fois-ci, elle s'exerce entre collègues et s'exacerbe quand l'amour et la sambuca s'en mêlent.

Ce polar bien implanté dans le décor montréalais se concentre sur la violence policière dans un langage très cinématographique. On a l'impression de lire le scénario d'un film tellement les dialogues sont nombreux, mais bien intégrés au corps du roman. Ceux qui ont l'hémoglobine en horreur devront s'abstenir. Les autres se familiariseront avec les techniques et la langage policiers que le Matricule 728, Stéphanie Trudeau, a révélé quelque peu. On ne s'attaque pas « aux gratteux de guitares » dans Cochons rôtis. On transforme plutôt les policiers en méchoui.

L'auteur n'est pas tombé dans le piège du juron et autres décadences langagières. Son écriture reflète un français standard, mais peu distinctif. Le bémol s'accroche surtout à la description du travail policier par le menu détail. Ça finit par lasser quand le nombre de personnages est exponentiel. Mais il reste quand même que c'est efficace et sans longueurs.

______________________________________________