Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Vigneault, Guillaume

1. Carnets de naufrage. Éd. du Boréal, 2000, 268 p.

L'Échec amoureux chez les jeunes

Grosse mode au Québec : l'auteur qui en est à ses premières armes raconte son premier échec amoureux. Évidemment, c'est un Montréalais cynique qui habite le Plateau Mont-Royal, qui boit comme un trou, qui baise comme un fou. Et voilà, c'est tout. On comble le vide de son existence comme on peut.

Le sarcasme me va comme un gant. Mais quand on écrit, il faut bien commencer quelque part. Quelle bonne thérapie que de narrer son désarroi à l'aube de sa vie adulte, surtout si la vingtaine s'est soldée par un échec amoureux ! Quand la caisse de 24 ne suffit pas à combler son manque d'identité et de principes, il reste la fuite, surtout, en Amérique du Sud. Y trouve-t-on toujours le guide qui indiquera, comme aux mages, l'étoile à suivre? C'est le pattern suivi ad nauseam par les jeunes auteurs. Pour rendre leurs héros sympathiques, parce qu'on aurait plutôt envie de leur donner des baffes, ils leur attribuent des dons qu'ils exploitent avec brio comme l'écriture, la peinture, la musique. Mais leur meilleur violon d'Ingres reste le farniente.

Les Carnets de naufrage de Guillaume Vigneault répond parfaitement à ces caractéristiques. Les oeuvres de jeunesse ne sont pas nécessairement ratées. Elles sont intéressantes pour comprendre l'âme de la génération X, c'est-à-dire une génération qui trouve difficilement le vent pour ne pas faire naufrage. Si l'originalité n'est pas au rendez-vous, il faut reconnaître que Guillaume Vigneault est un excellent conteur, qui maîtrise déjà l'art d'écrire.

____________________________
 




2. Chercher le vent.
Éd. Boréal compact, 2003, 268 p.

La Quête de soi

Ce roman est très représentatif de la jeune génération. On peut comprendre l'engouement des 20-35 ans pour son auteur, qui traduit bien leur mentalité. Dans Chercher le vent, il présente un jeune homme de 36 ans, déboussolé après une rupture amoureuse. En cela, il n'innove pas dans le choix des thèmes littéraires. Louis Gauthier a suivi la même route avec Voyage au Portugal avec un Allemand. Et les deux auteurs font fuir leurs héros vers d'autres cieux pour consommer cette trahison.

 

Jack Dubois, le héros, est entraîné aux États-Unis par Tristan, son ex-beau-frère, aux prises avec le même problème, afin de trouver le vent qui les poussera vers un meilleur destin. Ils se rendent à Bar Harbor, une station balnéaire du Maine, où ils louent une résidence d'été. En cours de route, ils font monter Nuna, une autostoppeuse d'origine catalane. Ce voyage permet à chacun de faire réaliser à l'autre son manque d'achèvement à cause de son désintéressement pour autrui. Cette progression établit des liens, surtout entre Jack et Nuna. On passe donc doucement du moi au toi. Mais faute d'argent, le trio doit se séparer. Jack continue seul sa route vers la Louisiane, où il devient cuisinier pour un restaurateur noir. Grâce à lui, il retrouve tous ses moyens pour poursuivre sa carrière de photographe.

Ce road novel frappera l'imagination de ceux qui aiment voyager. Et le héros, fort sympathique, plaira pour son éclectisme. C'est une oeuvre qui englobe une infinité de choses, trop même. La démonstration du savoir symbiotique du héros, lequel s'intéresse autant au billard qu'à la littérature et à la science, agace à la longue. On dirait un chien savant formé aux goûts du jour. Heureusement, ces éléments ne sont pas amenés au détriment de la quête d'identité quoiqu'ils ralentissent le rythme du roman.

Toutefois le langage symbolique est bien exploité, en particulier celui de l'eau qui peut préfigurer autant la rédemption que l'apocalypse. Cette force de la nature fait vivre autant qu'elle détruit. On trouve cet élément dans les deux oeuvres de Guillaume Vigneault, qui a toujours prévu un sage pour que le héros en fasse son salut. L'auteur y joint aussi le symbole de l'air, qui clôt le propos dans une comparaison fort bien réussie afin d'illustrer que la vie ne peut être exempte de trahisons.

Cette oeuvre nous entraîne dans un univers riche. On est loin du roman minimaliste. Et l'écriture est à l'image du traitement. C'est dense, sans être complexe. C'est inventif et pourvu de fines pointes d'humour. Ce roman rappelle Sur la route de Jack Kerouac. D'ailleurs le héros de Vigneault porte son prénom, mais il se distingue de celui de l'auteur américain d'origine québécoise. Jack Dubois est un garçon en quête du vent qui le conduira autant vers lui-même que vers autrui tandis que le héros de Kerouac préfère vivre en marge de la société afin de la contester de l'extérieur. Deux modèles caractéristiques dans nos sociétés : le IN et le OUT.