Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Labbé, Luc.

À l'ombre de Marc Lépine.
Éd. Amérik Média, 2008, 239 p.

Tuerie à l'école polytechnique

L'auteur s'est servi de son expérience comme étudiant à l'école Polytechnique de Montréal pour livrer l'âme de ses pairs, qui ont vécu les conséquences de la tuerie survenue le 6 décembre 1989. Malgré lui, il est devenu un témoin privilégié de cette tragédie, dont les étudiants se sont sentis responsables pour avoir cru sur le coup qu'il s'agissait d'une pétarade marquant la fin de la session.

C'est dans ce créneau que s'inscrit le parcours de Stéphane Lehoux. Partenaire aux échecs de Gamil Ghjarbi, alias Marc Lépine, alors qu'il fréquente le cégep, il promet même de présenter une camarade de classe à son copain, qui est trop timide pour l'aborder malgré le béguin qu'il éprouve pour elle. Promesse qu'il ne tient pas pour conquérir lui-même le cœur de la belle. Sa trahison le rend doublement coupable de la mort des quatorze victimes, toutes des jeunes femmes.

Ce remords le taraude alors qu'il entame une vie de couple, qui se conclut par un échec lors de la tempête de verglas en 1998. Coincée entre deux catastrophes, sa vie se déroule sous de mauvais haruspices. Même son diplôme d'ingénieur ne lui facilite pas l'entrée sur le marché du travail. Pour la plus grande honte de ses parents, il exerce mille et un métiers peu rémunérés qu'il accompagne de soûleries pour noyer la vacuité de son existence. En fait, les circonstances rendent la traversée du désert interminable avant que le héros ne découvre la littérature comme planche de salut

Luc Labbé a écrit un roman réconfortant pour tous ceux qui croient s'être engagés dans un tunnel qui mène au suicide. Malheureusement, il développe la thématique en culbutant dans les fleurs du tapis. Par une intertextualité référant à Dostoïevski, il décuple sans nécessité les stations du chemin de croix qui amènent le héros à privilégier la mort pour liquider la honte de sa conduite Cette hybridation, entachée en plus par le manque de professionnalisme de l'éditeur, confère à ce roman populiste une curieuse aura, qui ne fait pas le poids devant La Coïncidence de Fulvio Caccia, portant sur le même sujet.