Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

 

Martel, Yann.

Béatrice et Virgile. Éd. XYZ, 2010, 218 p.

Un collaborateur nazi devenu taxidermiste

L’holocauste est un sujet délicat quand on sort des données factuelles. En scolastique, il est très difficile d’en dégager les universels sans froisser les victimes ou leurs descendants, qui considèrent cette tuerie nazie comme l’absolu de l’horreur. Même les goulags sont déclassés devant les camps de la mort allemands.

Il est facile alors d’accuser Yann Martel, comme l’a fait le New York Times, d’avoir dénaturé le barbarisme teuton. Malgré tout, l’auteur s’est livré à l’intolérance de ceux qui refusent à l’imaginaire de couvrir cette réalité historique. D’ailleurs, le héros, Henry L’Hôte, l’alter ego d’Yann Martel, est un écrivain, qui, conscient de la problématique, a abordé cette thématique dans un flip book, soit un roman et un essai à être publiés tête bêche. Son projet fut refusé illico par l’équipe de son éditeur londonien.

Après cet échec, il quitte le Canada avec sa femme pour s’établir dans une grande ville d’un pays étranger. Un jour, il reçoit une lettre d’un lecteur, curieusement un résidant de la ville où le couple habite. Il s’agit d’un taxidermiste, qui lui demande son aide pour terminer la pièce de théâtre qu’il est en train d’écrire. Deux genres littéraires, soit le roman d’un auteur, qui a abandonné l’écriture, et l’œuvre d’un dramaturge en herbe, qui écrit un bestiaire racontant l’histoire d’amour d’une ânesse (Béatrice) et d’un singe hurleur (Virgile) dans un contexte belliqueux.

Ce canevas sert à tracer le portrait d’un sycophante nazi. Haï par la population, il veut se déculpabiliser en restituant l’état naturel à des animaux qui reprennent vie grâce à la taxidermie. Le remords annonce-t-il la guérison d’un homme qui a une âme de tueur ou sont-ce plutôt les larmes de crocodile d’un homme, qui veut se donner une bonne conscience ? L’auteur tente de stigmatiser l’horreur de l’holocauste, mais l’épilogue semble conclure à son caractère inéluctable. Bref, le genre humain serait-il porté par une haine désireuse d’accroître son rendement mortel ?

L’Histoire de Pi pointait la verticalité bienheureuse avec brio. Béatrice et Virgile, édité avec ine couverture soignée, pointe une horizontalité fixée à l’ignominie qu’il est difficile de considérer comme un conte prônant un monde sans violence, d’autant plus que la facture implexe est soutenue par un étalage culturel peu pertinent. Par ailleurs, Yann Martel profite de son nouveau roman pour répondre aux dénigreurs de L’Histoire de Pi. Était-ce vraiment utile ?