Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Péan, Stanley.

Bizango.
Éd. Les Allusifs, 2011, 296 p.

Mafia haïtienne de Montréal

« Ban mwen cash la. Bitch ! M te fout dwe blow tèt ou off, wi ! » (Pp. 34 et 36) (Traduction libre : donne-moi ton cash, ma salope, si tu ne veux pas que je te fasse sauter la tête.) Une restavèk, enfant haïtienne placée dans une famille bourgeoise, devient une prostituée (bouzen) recrutée par un patnè (proxénète) qui a du flair. Ce michan gason (dur à cuire) dirige ses basses œuvres sous la couverture du producteur de musique hip-hop. En fait, c’est un malfrat déguisé en bienfaiteur de la communauté haïtienne. Le bien au service du loup, comme l’indique l’auteur en référant au Wolf Pack de Québec, qui se servait de leur notoriété pour s’adonner au lucratif marché des stupéfiants et de la prostitution.

Mais Domino Roussel, Gemme pour les clients, n’est pas une « femme facile ». Son maquereau Chill-O l’apprendra à ses dépens. En rupture de ban, elle envoie paître l’acolyte mandaté pour percevoir les redevances de la vente du fruit défendu. Heureusement, dans la taverne, où elle doit acquitter la somme due, elle est protégée par un bizango. Dans le culte vaudou, ce dernier, moins connu que le zombie, est une créature qui prend la peau du personnage que l’on souhaite avoir à ses côtés dans les situations critiques.

L’héroïne, pourchassée par le gang de Chill-O, parvient ainsi à se dépêtrer grâce à son ange gardien, lequel l’entraîne dans la ferme des Wells, située dans les Cantons de l’Est pour la protéger. Les cachettes n’échappent pas à la lorgnette de son prédateur. Repérée grâce à un hôtelier associé aux activités de ce gang, elle aura vite aux trousses les sbires de la mafia noire, poursuivis eux-mêmes par les policiers de Montréal, désireux de démasquer Chill-O.

Courses, poursuites et coups dans l’entrejambe composent le menu de ce polar, dépouillé comme on peut le noter dans les œuvres de Stanley Péan, de toute trame secondaire reliée aux sérénades affectueuses. Les personnages ne connaissent que le langage armé. Ils se répondent par la bouche de leur canon. Et que ça saute ! Ce volet est fort bien orchestré malgré le très grand nombre d’intervenants dans cette aventure policière.