Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Beausoleil, Jean-Marc.

Blanc Bonsoir. Éd. Triptyque, 2011, 180 p.

Les Haïtiens

Ce roman raconte la vie d’un Québécois en cavale en Haïti. L’auteur s’est servi du poncif qui envoie l’amoureux éconduit vers un pays chaud pour noyer sa peine dans la mer. Frédéric Latouche détale donc avec des stylos dans son havresac. Comme il est très scolarisé, il envisage de tirer un récit de son périple.

Endetté jusqu’au cou, le héros, ou plutôt l’antihéros, se rabat sur la tâche d’enseignant dans un collège français dirigé d’une main de fer par Madame Hyppolite, une Française qui a la passion d’Haïti. Attention, c’est une maladie ! Une belle maladie, dont on peut se remettre glorieusement. Frédéric s’attache, comme sa directrice, à ce peuple. Un attachement qui outrepasse le sentimentalisme. Un attachement constructif afin de fournir les armes du salut à travers l’instruction. Donner son âme pour sauver la sienne, mais surtout l’offrir aux Haïtiens que l’on veut soulager. Tout pour que le soleil luise pour tous, voire même jouer au clown pour « les petits cœurs des enfants rieurs », qui lui apportent à leur insu la solution à son désœuvrement.

Cette trame s’accompagne d’une galerie de portraits, tous aussi éloquents les uns que les autres. Frédéric ne vit pas en vase clos. Son amour pour Haïti s’enracine quand il se frotte, sans distinctions, à toutes les âmes, des plus belles aux plus haïssables. Un amour du nègre, mot péjoratif selon le dictionnaire. Et pourtant, son étymologie enseigne que c’est « l’eau qui coule », comme le Niger ou comme le Niagara, l’eau où l’on aime nager. Cette famille de mots donne à la négritude ses lettres de noblesse. « Il n’y aurait pas la même culture sans les Noirs. Le rythme de l’Amérique n’existerait tout simplement pas » (P. 127) « Lorsque Rimbaud écrit dans Une saison en enfer « Je suis nègre », il se réfère consciemment aux valeurs essentielles de la négritude, à l’instinct, à l’intuition, à sa puissance d’imagination symbolique. » (P. 129) Cette déclaration solennelle est proclamée par un héros, qui a su reconnaître la qualité de l’éclat chatoyant de la perle des Antilles.

C’est beau, mais le fil conducteur manque de tension. C’est sans compter que le roman court trop vite vers un dénouement, saisissant s’il en est un, mais tout de même emprunté au genre de la nouvelle. Bref, les bémols ne nuisent pas à l’intérêt que l’on peut porter au cheminement d’un paumé, qui se rend sympathique en répondant à l’appel d’une vocation humanitaire qu’il n’attendait pas.