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Lafond,
Jérôme.
Brigitte
des
colères.
Éd.
Marchand
de
feuilles,
2010,
178
p.
Une
adolescence
gothique
Le
charme
bucolique
de
la
campagne
attire
par
sa
prétendue
sainte
paix.
Allez-y
voir.
Le
roman
Cordélia
de
Pauline
Cadieux
évoquait
la
pendaison
de
son
héroïne,
en
1897,
à
Sainte-Scholastique
pour
avoir
dépecé
son
mari
en
cubes
à
ragoût.
Jérôme
Lafond
ne
rompt
pas
la
chaîne
avec
Brigitte
des
colères.
Il
renoue
avec
les
cadavres
démembrés
que
lhéroïne
découvre
dans
un
tas
de
purin
et
dans
un
abreuvoir
pour
les
animaux
de
la
ferme.
Il
nen
faut
pas
plus
pour
activer
son
imaginaire
dionysiaque.
Ses
fantasmes
la
rendent
même
amoureuse
du
soi-disant
tueur
en
série,
à
qui
elle
adresse
des
lettres
dadmiration.
Elle
lui
voue
un
amour
à
linstar
des
fans
de
Charle
Manson,
qui
portaient
des
tee-shirts
à
son
effigie.
Dailleurs,
elle
signe
ses
travaux
scolaires
du
nom
de
Ted
Bundy,
un
autre
célèbre
tueur
en
série.
Les
assassins
meublent
le
chur
du
gothisme
comme
les
statues
des
saints
trônent
dans
les
églises.
Frappé
du
sceau
de
la
mort,
le
roman
se
veut
une
quête
dune
virginité
à
restaurer.
Tout
détruire
pour
«
recommencer
à
zéro
»,
chante
William
Deslauriers.
Comme
le
proclament
les
paroles
de
la
chanson,
Brigitte
est
«
perdue
dans
[son]
cauchemar
».
Détruire
pour
vivre
en
incendiant
les
fermes
de
Sainte-Scholastique
afin
de
se
venger
de
ses
amours
perdues.
La
violence
au
service
du
bien.
En
somme,
une
jouvencelle
en
Prométhée
déchaînée,
qui
veut
refaire
le
monde
avec
son
instinct
incendiaire.
Lunivers
décrit
fait
frémir,
tel
ce
passage
de
la
lettre
de
Brigitte
à
son
tueur
bien
aimé
:
«
Devant
la
loi
des
hommes,
vous
êtes
coupable,
mais
ces
mêmes
hommes
sont
des
bêtes.
Un
jour,
les
jurés
pourront
se
mettre
dans
la
peau
des
criminels
à
laide
de
puissantes
machines
sophistiquées.
[
]
Plus
personne
ne
pourra
condamner
quiconque,
car
plus
personne
ne
pourra
prendre
le
recul
nécessaire.
[
]
Les
avocats
auront
une
formation
en
psychiatrie.
Les
jurés
[
]
devront
être
sous
médication
pour
le
reste
de
leurs
jours
afin
de
traiter
leur
personnalité
dissociée.
Dans
le
monde
de
demain,
le
Bien
et
le
Mal
seront
des
contraires
obsolètes.
Vous
êtes
lhomme
du
futur.
Amicalement,
Brigitte.
»
Texte
prémonitoire
prévoyant
le
déroulement
du
procès
du
Dr
Turcotte,
curieusement
un
médecin
de
la
région,
qui
a
poignardé
ses
deux
enfants.
En
fait,
lauteur
présente
les
maux
de
lâme
susceptibles
de
plonger
les
adolescents
au
cur
de
labysse.
Règle
générale,
on
accuse
les
familles
carentielles
dêtre
à
lorigine
des
perturbations
juvéniles.
Pourtant,
Brigitte
vit
avec
des
parents
dévoués
comme
le
sont
aussi
les
parents
de
ses
amoureux.
Il
ne
sagit
pas
dun
conflit
des
générations,
mais
plutôt
de
lémergence
dune
fille
aux
prises
avec
des
dynamiques
dadultes,
auxquelles
elle
réagit
avec
lespoir
de
faire
renaitre
«
le
paradis
perdu
»
en
cherchant
à
simmoler
elle-même.
Une
bonze
de
lère
moderne
!
Malheureusement,
le
roman
nest
pas
à
la
hauteur
de
la
thématique
quand
on
pense
à
tous
ceux
qui
lont
abordée,
tel
Robert
Musil
dans
Les
Désarrois
de
lélève
Törless.
Lexpression
scripturale
aurait
eu
avantage
à
être
resserrée.
Loralité
ajoute
du
réalisme
à
la
narration,
en
particulier,
avec
sa
conjugaison
à
la
première
personne,
mais
elle
abâtardit
avec
ses
«
dreads
».
Ce
sont
des
cadenettes,
qui
cadenassent
les
jeunes
à
leur
image
de
révoltés.
Cest
sans
compter
que
le
jeune
auteur,
originaire
du
même
milieu
agricole
que
son
héroïne,
na
pas
su
entraver
son
imaginaire
rétif,
comme
on
le
fait
avec
les
chevaux
qui
ruent.
Seul
le
ton
soutient
cette
uvre
dun
trentenaire,
qui
démontre
comment
le
grunge
traduit
lâme
des
jeunes
écurés
par
nos
sociétés
sales.
Et
on
sait
ce
qui
est
advenu
à
Kurt
Cobain.
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