Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Simard, Matthieu

Ça sent la coupe.
Éd. Stanké, 2004, 270 p.

La Détresse des jeunes mâles de 20 ans ""

Matthieu Simard a eu l'idée heureuse en écrivant un roman inspiré du hockey. Jusqu'ici les auteurs n'ont presque jamais abordé ce sujet dans la littérature pour adultes. Il faut croire que notre sport national n'est pas une bonne source d'inspiration. Seul Marc-F. Gélinas en avait traité dans Chien vivant.

Dans Ça sent la coupe, le lecteur suit les matchs de la saison 2003-2004 des Canadiens de Montréal. Chacun d'eux composant un chapitre de l'œuvre. Il ne faut pas être dupe. Le club montréalais ne joue pas contre Détroit, Chicago, Los Angeles, Edmonton et Calgary. Il s'agit donc de matchs fictifs qui inspirent au héros des connotations avec la vie qu'il mène, en particulier avec sa vie amoureuse. Donc, chaque jour qu'un match est disputé, ses amis se réunissent chez lui pour y assister devant un écran de télévision de 51 pouces. Le roman décrit un monde de gars intéressé par des choses de gars. Ils ne sont pas phallocrates, mais leurs amantes passent après leur amour du hockey. En fait, ça sent la prolongation de la période de l'adolescence

Cette mise en situation sert de prétexte pour présenter l'univers des jeunes hommes de la vingtaine aux prises avec l'angoisse assujettie à la découverte de leur véritable personnalité. Comme dit le héros, je suis " un ennuyeux qui aime s'ennuyer, un angoissé qui aime souffrir. Mais pas trop. Je ne sais pas ce que je suis. " En fait, ces jeunes mènent une vie vide de sens parce qu'ils n'ont pas encore trouvé les ressorts qui les feront bondir dans une existence significative. Et la plus grande difficulté origine de l'inaptitude à articuler leur vie autour d'un amour à partager. Faute de modèle auquel se référer, ils se contentent de fac-similés qui ne tournent à rien, mais qui font quand même mal.

C'est la réflexion que se fait le héros en écrivant son journal. On peut être empathiques à ses souffrances, mais le roman peut en décevoir plus d'un. Il démarre seulement à partir de la deuxième moitié, et l'écriture est plutôt indigente. Elle tente de coller à l'oralité sans soulever d'enthousiasme pour la verve des protagonistes. Comme une multitude d'autres écrivains, Matthieu Simard vient d'ajouter une œuvre au thème de la jeunesse. Sauf le lien sportif, on risque de l'oublier rapidement.