Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Proulx, Monique.

Champagne. Éd. du Boréal, 2008, 391 p.

Sauver la planète

Monique Proulx a écrit un hymne éloquent à la création, qui n’a d’égal que L’Appel de la forêt de Jack London. Ce roman rappelle le pouvoir qu’a la nature de nous transformer tandis que Champagne incite plutôt au respect des espaces verts, en l’occurrence les abords du lac à l’Oie, appartenant à une vieille dame d’origine polonaise. Situé dans les Laurentides, il a conservé son état sauvage, mais les loups rôdent pour s’accaparer de ce territoire afin de le livrer au barbarisme de l’exploitation, qui le travestirait en décor artificiel.

L’auteure a changé la donne en choisissant comme cadre à son roman les quelques résidants vivant le long du lac. Il est rare que l’on inverse la dynamique romanesque en confinant les personnages à la toile de fond alors que leur hôte forestier occupe l’avant-scène pour mettre en exergue le mépris manifesté par les promoteurs de projets, qui font fi de l’environnement. Comme Richard Desjardins, Monique Proulx s’élève contre la convoitise du bénéfice aux dépens des habitats naturels, qui servent de refuges aux mystères de la faune et de la flore ainsi qu’aux éclopés de la vie, qui s’y cachent, comme les oiseaux, pour faire le deuil de leurs malheurs. En dépit de leurs souffrances morales et physiques, ils s’épaulent pour offrir la meilleure part d’eux-mêmes à la nature afin qu’elle ne meure pas au profit des huards, qui s’empilent dans les comptes bancaires.

Le bonheur découle d’une vie en harmonie avec la nature. Dans Les Confidences d’un biologiste, Jean Rostand enseigne que cette vision béate ne correspond pas à la réalité. « Combien de fois n’a-t-on pas dû conclure [...] à la nocivité [...] de l’astuce naturelle. » Qu’importe ! Ce roman est un chant utopique qu’on aime entendre et qui en appelle au meilleur de soi. Mais il faut être attentifs parce que l’auteure se ballade entre des personnages qu’elle abandonne sans arrêt pour suivre le fil de la thématique. C’est tout de même un très beau roman tissé de psychologie et de sciences naturelles, mais Le Cœur est un muscle volontaire reste, sans contredit, le chef-d’œuvre de Monique Proulx.