Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Verdier. Vic.

Cochons rôtis.

Éd. XYZ, 2015, 288 p.
Les ripoux.

En 1984, Claude Zidi a tourné un film sur les ripoux, ce genre de policiers verreux qui règlent les conflits en tirant le plus d'avantages pécuniaires possible. Vic Verdier, pseudo de Simon-Pierre Pouliot, suit le même sillon en enfonçant la thématique dans des eaux encore plus troubles. Il trace du corps policier de Montréal un portrait qui s'apparente au roman d'horreur. Oeuvre parfaite pour lire la semaine de l'halloween.


En fixant la trame en 2016 et 2017, l'auteur ne vise pas nécessairement à anticiper ce qui adviendra des policiers voués à la protection des citoyens quoique ce qu'il décrit porte à réflexion. Les poulets ou les cochons comme on les appelle au Québec deviendront-ils des justiciers qui tueront sans vergogne celui qui se dresse sur leur chemin à l'instar de la mafia ? La lecture de son roman le laisse croire surtout quand un désaxé intègre la SPVM (Service de police de la ville de Montréal). Mais un psychopathe ne se colle pas d'étiquette sur le front pour s'identifier comme tel. C'est aux collègues que revient la tâche de le saper. Ils ne se gêneront pas pour le débusquer d'autant plus que ce sont eux qui subissent les contrecoups de la frustration de l'un des leurs, qui a longtemps pataugé en vain dans les eaux de la promotion..

En fait, l'auteur soupèse l'atmosphère infernale qui prévaut chez les limiers montréalais. La situation se corse quand l'agent Vic Verdier, héros de son propre roman, perd sa blonde (amante) brûlée vive en devoir au sein du même corps policier, d'où le titre de Cochons rôtis. Le pluriel indique le procédé habituel du psychopathe qui s'en prend à des collègues engagés dans une chaude lutte pour l'obtention d'un grade plus élevé. Le roman se colle à cet environnement empoisonné. Il décrit les interactions entre membres de la même fraternité. On ne court pas après les malfaiteurs, mais après le collègue qui décime leur rang.

C'est le canevas sur lequel l'auteur a dessiné sa toile. Une toile riche en péripéties. L'histoire qu'il a fignolée présente la forme d'un manuscrit que son héros confie au psy de la Police de Montréal. Le lecteur le parcourt en même temps que ce professionnel de l'âme. Ce que ce dernier découvre sent l'égarement de personnages que l'on accuse de brutalité dans les médias. Mais, cette fois-ci, elle s'exerce entre collègues et s'exacerbe quand l'amour et la sambuca s'en mêlent.

Ce polar bien implanté dans le décor montréalais se concentre sur la violence policière dans un langage très cinématographique. On a l'impression de lire le scénario d'un film tellement les dialogues sont nombreux, mais bien intégrés au corps du roman. Ceux qui ont l'hémoglobine en horreur devront s'abstenir. Les autres se familiariseront avec les techniques et la langage policiers que le Matricule 728, Stéphanie Trudeau, a révélé quelque peu. On ne s'attaque pas « aux gratteux de guitares » dans Cochons rôtis. On transforme plutôt les policiers en méchoui.

L'auteur n'est pas tombé dans le piège du juron et autres décadences langagières. Son écriture reflète un français standard, mais peu distinctif. Le bémol s'accroche surtout à la description du travail policier par le menu détail. Ça finit par lasser quand le nombre de personnages est exponentiel. Mais il reste quand même que c'est efficace et sans longueurs.