Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Blais, Marie-Claire.

Dans la foudre et la lumière.
Éd. du Boréal, 2001, 251 p.

L'Art rédempteur

De Key West aux Etats-Unis, Marie-Claire Blais est en train d'élaborer une œuvre colossale qui veut donner le pouls de la planète. Ce roman est le second volet d'une trilogie qui a commencé avec Soifs. D'ailleurs, on retrouve les mêmes personnages dans La Foudre et la Lumière, en plus d'une galerie d'autres qui viendront étayer la thèse de cet auteur que l'on peut considérer comme un pilier de la littérature québécoise.

 

Dans une île, qui ressemble à l'environnement de l'auteur, se côtoie une population appartenant à différentes classes sociales, en particulier des descendants d'esclaves africains et des artistes. Peu importe leurs différences, Marie-Claire Blais fait ressortir leurs ressemblances, c'est-à-dire leur appartenance à l'essence humaine. Et en particulier à l'humanité souffrante. Même si l'œuvre tente de montrer la lumière au bout du tunnel, la foudre semble rendre inaccessible l'étoile qui sauverait l'humanité du cataclysme. En fait, le titre indique bien qu'il s'agit d'un roman manichéen soulignant la puissance du prince des ténèbres.

Dans un premier temps, l'auteur fait le tour de l'actualité internationale pour montrer les forces agissantes du mal dans le monde. Elle rappelle les enfants qui se font tuer dans les écoles américaines, les femmes que l'on lapide pour avoir commis l'adultère. Cette rétrospective pourrait sembler ennuyeuse, d'autant plus qu'elle ne s'aligne pas sur un dénouement apocalyptique. Mais cette nomenclature est dotée d'un contexte qui rend encore plus infâme la condition humaine. Ce regard sur l'humanité est des plus empathique. En filigrane, on sent son attachement profond à l'espèce humaine qu'elle incite à se protéger de la foudre grâce la magie de l'art. Mais, comme les personnages, on peut se demander s'il peut surgir dans des circonstances défavorables.

La plus grande qualité de l'œuvre reste l'écriture. Une écriture exigeante à décrypter avec ses phrases de dix à vingt pages. Comme Proust et même Réjean Ducharme, elle pousse l'expérience grammaticale jusqu'à la limite de ce que la sémantique peut supporter. Ceux qui feront l'effort de pénétrer l'art de cette dynamique trouveront en bout de ligne un texte incantatoire qui implorerait le Seigneur, à l'instar des moines en prières, pour que nous soyons délivrés du mal. Il s'agit d'une image pour qualifier l'écriture de Marie-Claire Blais, laquelle n'a jamais joué aux catéchètes. Si l'on veut établir des comparaisons, il faut surtout chercher chez ceux qui se sont attachés au sort réservé à l'humanité comme Albert Camus.