Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Pellerin, Fred.

Dans mon village, il y a belle Lurette… Éd. Planète rebelle, 2001, 140 p.

Un village mis en contes

Comme Honoré Beaugrand dans dans La Chasse-galerie, Fred Pellerin a imaginé lui aussi un pacte diabolique, mais beaucoup moins avantageux. Née des braises de la forge et promise à un bel avenir, la fille du forgeron, surnommée Lurette, voit sa destinée compromise à cause d'une entente scellée entre son père et le prince des ténèbres. Ils ont convenu que, si elle se marie, son âme appartiendra au démon. Afin que cette disposition ne puisse jamais s'appliquer, il lui est interdit de s'unir à son amoureux Dièse ou à tout autre homme.

Cette légende est inspirée de la petite histoire de Saint-Élie-de-Caxton, situé près de Trois-Rivières. Frédéric Pellerin s'en est servi comme lien pour retracer la vie de son village natal. La grande qualité du recueil tient justement à son homogénéité. Toute l'œuvre est centrée autour du sort de la belle Lurette, qui, de la grand'mère Pellerin à l'auteur, a nourri l'imaginaire des habitants du village, tout en perpétuant le règne des ancêtres pour que tous suivent la bonne route.

Saint-Élie-de-Caxton vit sous nos yeux avec son curé, son forgeron et, surtout, son fou du village, personnage si important que " les gouvernants devraient accorder une subvention aux municipalités qui n'en ont pas ". Il apporte le bonheur parce qu'il endosse à lui seul toute la fragilité humaine. Il n'est pas sans rappeler Le Petit Prince quand il allume, le soir, les réverbères pour guider les pas des citoyens.

C'est une œuvre condensée et vivante. Frédéric Pellerin se fait l'écho de sa grand'mère Bernadette qui, jusqu'à l'adolescence, lui a raconté des contes pour le guider dans la vie. L'auteur prend donc le relais pour que " l'antan " serve de phare encore longtemps. Comme le chante Gilles Vigneault, les mensonges sont parfois vérités. Des mensonges coulés dans une langue joyeuse, poétique et pleine de trouvailles, ombragées parfois par certains poncifs. Il reste que c'est un recueil vivifiant et plein de tendresse.