Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Laverdure, Rachel

De chair et de bronze. Éd. XYZ, 2010, 192 p.

De l’amour

Un bronze représentant un vieillard offrant une fleur à une dame âgée trône mystérieusement devant un immeuble domiciliaire. Comme la tour Eiffel, il représente un attrait incontournable pour les résidants de la rue. Derrière l’anonymat que garantit la sculpture, ils s’en servent, comme de l’Internet, pour communiquer leurs attentes amoureuses, même ceux qui ont passé l’âge de folichonner.

 

L’amour n’a pas d’âge. L’adolescente comme la septuagénaire profitent de ce bronze pour capter les ondes émises par ce Cupidon inespéré. Sous les yeux bienveillants du couple amoureux que représente cette œuvre d’art d’un artiste renommé, les rencontres se multiplient dans l’espoir que les mains de l’homme idéalisé saisissent les désirs qui se languissent. Comme « chacun a le pouvoir de se doter de charmes aux yeux des autres », la concupiscence ne tardera pas à atteindre son apogée dans les alcôves.

Le roman préconise en somme la levée des vannes de tout refoulement. La trame donne cependant une conception assez estudiantine de l’affranchissement d’un éréthisme déployé à travers de longues nouvelles. C’est moins un roman qu’une variation sur un thème, qui s’appuie à l’axe commun d’une sculpture servant de prétexte à l’auteure pour fureter dans le monde de l’art afin d’auréoler son œuvre, écrite d’une plume plutôt banale.

Dans un filon comparable, François Barcelo a concocté, dans Je vous ai vue Marie, une histoire hilarante infiniment plus riche, tournant autour de la statue d’une Vierge qui montre ses fesses à un vieillard et à une adolescente.