Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Penny, Louise.

Défense de tuer. Éd. Flammarion, 2012, 423 p.

Meurtre à l'auberge

Souvent comparée à Agatha Christie, Louise Penny étouffe elle aussi sous les coups d'encensoir des chroniqueurs littéraires comme en témoigne la citation suivante : "Défense de tuer, une enquête brillamment menée, se distingue par la qualité de l'écriture, fine et souvent très humoristique malgré la tragédie, l'excellence de l'intrigue, le réalisme et la profondeur des personnages, la puissance de l'histoire. Voilà un bouquin très difficile à mettre de côté, auquel on s'accroche, peu importe l'heure. " (Journal de Québec, 25 janvier 2012)


Malgré l'éloge, je n'ai pas été séduit par Défense de tuer. Ce fut même un pensum que de lire ce polar transplanté au cœur de la nature sauvage des Cantons-de-l'Est. C'est au Manoir Bellechasse, une fastueuse auberge de bois érigée en bordure du lac Massawippi, que l'on commet l'irréparable alors qu'Armand Gamache, le chef de la SQ est venu célébrer son anniversaire de mariage.

Dans un huis clos comparable au Dix petits nègres, l'enquête s'annonce simple. Une famille canadienne anglaise a réservé ce paradis pour inaugurer un monument érigé sur le vaste terrain boisé du Manoir en l'honneur du père Charles Morrow, décédé il y a quelque temps. Qui des quatre enfants du richissime géniteur aurait assassiné Julia en faisant glisser la statue de son socle sur le dos de leur sœur ?

Ce canevas sert de prétexte pour examiner la dynamique familiale à laquelle est liée Honoré Gamache, le père de l'inspecteur chef. La vengeance apparaît comme le mobile de ce meurtre. Tous et chacun sont suspectés, y compris Armand Gamache, qui devient, dans les circonstances, juge et partie. Mais l'auteure n'a pas cru bon de s'attarder sur le conflit d'intérêt de son enquêteur.

Louise Penny trace trop longuement le profil psychologique des personnages. Tous des gens cultivés qui se passionnent soit pour la musique, soit pour la peinture, soit pour la poésie dont raffole l'inspecteur-chef. Ce dernier ne manque jamais une occasion de citer ses poètes préférés, en particulier les poèmes de John Milton, dont il a tiré la conclusion de son enquête : " L'esprit est à soi-même sa propre demeure, il peut faire en soi un ciel de l'enfer, un enfer du ciel. " Ce contexte confère un fin aura au polar sans compter tout l'aspect informatif sur les abeilles à l'origine de la clé de l'énigme.

Le lecteur nage dans une atmosphère maniérée, qui plane indûment pour ce mariage entre le polar et la culture. Et la traduction ne rend pas justice au roman : " À l'intérieur, savait-il, se trouvaient ses parents. " J'aurais écrit : " Il savait que ses parents se trouvaient à l'intérieur. " Bref, le menu relève d'une fine cuisine anglaise servie dans de belles assiettes de " cartron ".