Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

DesRochers, Jean-Simon.

Demain sera sans rêves.
Éd. Herbes rouges, 2013, 130 p.

Un moment d'éternité

L'auteur décrit ce qu'est l'éternité dans son roman. Et l'éternité, c'est l'absence de temps. Les personnages deviennent la conscience du passé et de l'avenir. Ils contiennent ainsi la somme des expériences humaines parce qu'en s'investissant eux-mêmes, ils s'investissent dans chacun. Le mystère n'existe plus. En fait, ce roman aborde la thématique céleste. La ligne du temps disparue, il ne reste que l'instant absolu. Tout se réduit à l'univers zéro, soit un univers sans commencement ni fin.

Dans ce contexte, le lecteur peut se demander si Marc s'est vraiment suicidé. Mort, il est aussi présent à son frère Carl. Les entités ne forment qu'un être unique même si elles envahissent l'univers sidéral. Cette vision explique le mystère de la trinité : un Dieu en trois personnes. Mais c'est un Dieu incarné qui s'adresse à sa créature avec le vous de majesté, un narrateur qui l'accompagne dans sa démarche de la compréhension d'autrui. Bref, ce roman est un regard qui entremêle les destinées dans l'absolu du tout.

C'est le même regard qui explique la sollicitude de l'auteur dans La Canicule des pauvres et Le Sablier des solitudes. Mais cette fois-ci, il a condensé sa pensée en 130 pages. C'est comme si Jean-Simon DesRochers avait voulu résumer sa vision du monde, élaborée longuement dans ses deux romans précédents. Il n'est pas sûr que son dernier roman jette un meilleur éclairage sur ce qu'il a écrit. Demain sera sans rêves est une synthèse exigeante, qui me rappelle Les Baldwin de Serge Lamothe. Les frontières intemporelles risquent de déstabiliser celui qui va se risquer à suivre le sentier tracé par un auteur plutôt obsédé par le contour intellectuel de la forme. Cette préoccupation tue malheureusement l'émotion à l'instar d'un émondage sévère qui peut faire périr une plante.