Paul-André Proulx



Littérature Québecoises



Vivier, Mario.

Dieu et le docteur Grübbel. Éd. TTriptyque, 2014, 223 p.

Freud se prend pour Dieu

Mario Vivier s'est lancé tout un défi en construisant un roman autour de personnages préoccupés par les mouvements de l'âme. L'essai se prête mieux à cette thématique. Pourtant, l'auteur s'est attaqué au sujet avec succès.

Son héros, Hans Grübbel, est un neurologue allemand qui a ouvert une clinique de santé mentale pas très loin de Berlin à la fin du 19e siècle. Il s'est établi loin d'un village dans un manoir sinistre qu'il a rénové. Le décor sert bien le propos. Il s'en dégage une lourde atmosphère de mystère apparentée à celle des romans d'horreur. Construite à l'orée de la forêt, cette maison de santé de sombre aspect accueille des patients pour des séjours plus ou moins prolongés. Un sentier peu rassurant mène à la résidence d'une veuve qui titille fortement l'un des responsables des premiers balbutiements de la psychanalyse.

Tous les éléments sont réunis pour que le drame surgisse, d'autant plus que l'histoire se déroule à la fin de l'année 1899. Au terme d'un siècle, le millénarisme engendre les pires peurs. Est-ce l'arrivée d'un nouveau patient qui viendra confirmer l'adage ? Il faut le croire. Il se présente comme étant Dieu. Quand le Créateur du monde cherche de l'aide auprès d'un médecin de l'âme, c'est que tout va vraiment mal. Le docteur Grübbel croit reconnaître son collègue Sigmund Freud venu le consulter afin de protéger son équilibre. Quand deux génies se rencontrent, le choc peut être fatal. Qui sera le psy de qui ? La confrontation amorce une dure remise en question surtout quand une appétissante veuve rôde dans les parages.

Pour bien traiter son célèbre patient, qui vient de publier L'Interprétation des rêves, le docteur Grübbel se doit lui aussi de s'interroger sur les déterminismes qui décident de son agir. Il confine ses réflexions ad hoc à son journal personnel, dont les pages se glissent entre les chapitres du roman. Cette mise en abysse l'amène à se découvrir tel qu'il est, un homme fragile. Si les miroirs reflétaient les âmes, tous et chacun craindraient de s'y zyeuter. Sa psychanalyse personnelle est dès plus franche. Se fiant à la raison seule, il fuit tout ésotérisme qui l'encouragerait à vivre des rêves éveillés.

Cette quête de soi fait mal. Mario Vivier l'a rendue crédible à travers une facture très efficace. Le suspense se maintient grâce aux rebondissements judicieux qui maintiennent l'intérêt. Tout en revisitant les débuts de la psychanalyse, l'auteur convainc fermement que la santé mentale n'est qu'apparente.