Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Mihali, Felicia.

Dina. Éd. XYZ, 2008, 178 p.

Vivre en Roumanie
Ce roman fait suite à la réflexion de Felicia Mihali, amorcée dans Le Pays du fromage. Une réflexion ayant comme thème la femme roumaine, en particulier la paysanne perçue sous l’angle d’un pays d’obédience communiste. Même si l’étiquette a disparu avec la chute de l’Union des républiques socialistes soviétiques, le dogmatisme du régime de Ceausescu se fait encore sentir.

Dans ce contexte, la Roumaine semble atteinte du syndrome de Stockholm : une victime qui pactise avec son bourreau pour éviter d’hypothéquer davantage sa destinée. Dina, l’héroïne du roman, correspond à ce profil. Elle accepte de vivre avec Dragan, un douanier serbe qu’elle a connu en traversant, soir et matin, la frontière pour se rendre en Yougoslavie, où elle exerce le métier de coiffeuse. Son amant raciste, qui considère la Roumanie comme un pays de pouilleux, lui a offert, selon lui, l’occasion rêvée de gravir les échelons sociaux. La prémisse supporte mal l’amour. Elle appuie plutôt la haine, qui sera responsable de la mort de Dina.

L’événement pousse la narratrice, une amie de la victime immigrée au Québec, à sasser le passé pour comprendre le motif qui a commandé une fin si tragique. Le roman prend alors la forme d’un débroussaillage policier, qui met en relief les dommages collatéraux découlant de la répression. En un mot, ça détruit les relations, comme l’ont démontré aussi Aki Shimazaki et Ljubica Milicevic.

Il en résulte un écheveau assemblant, autour de la haine, moult sous-thèses. Au détriment de l’art romanesque, la pléthore thématique produit un document original sur l’incidence des régimes politiques sur l’amour. Mais un tel éventail de données risque de refroidir l’intérêt du lecteur.