Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Trudel, Sylvain

Du mercure sous la langue.
Éd. Les Allusifs, 2001, 130 p.

Adolescent en attente de la mort

Dans son dernier roman, Du mercure sous la langue, Trudel aborde le problème de la mort à travers un adolescent atteint du cancer des os. Confiné à un fauteuil roulant, ce jeune jette un regard cynique sur sa mort imminente, sur ses parents, sur la société et sur Dieu.

 

Le héros se forge un humanisme athée pour affronter la grande faucheuse qui s'apprête à le couper d'une vie à laquelle il n'a pas encore goûté. C'est ce scandale de l'aventure humaine qu'il essaie de contourner pour ne pas se sentir une victime du destin. Pour apaiser son appréhension de la mort, le héros fuit dans la sphère de la métaphysique. Il devient ainsi son propre Dieu, qui peut se passer des petits bonheurs terrestres, de la psychologue et de l'aumônier dont il vole les hosties pour les profaner. Comme Montherlant dans Les Jeunes Filles, il pourrait s'écrier : " Si je cherchais Dieu, je me trouverais. " C'est sa façon d'accepter la mort. Il décide du genre de moribond qu'il veut être : un être fort convaincu qu'en mourant, il ne perd pas grand-chose dans cette société pourrie. On peut se montrer sceptique à l'égard de cette fuite bien structurée. Le héros reflète plutôt la réflexion d'un philosophe que celle d'un adolescent. Et même ces derniers craignent la mort. Par contre, l'auteur le fait plus humain quand il nous le présente entouré de sa famille et d'une patiente dont il est devenu l'ami de cœur. Mais c'est dans l'écriture que sa révolte trouve enfin un exutoire. C'est là qu'il suscite notre compassion.

Ça reste un beau roman sur un sujet qu'on préfère ignorer. Le plus intéressant, c'est de voir comment un ado s'apprête à quitter la vie de la manière la plus sereine possible. L'écriture très lyrique surprend alors que la mode est au dépouillement. Les envolées plairont aux amateurs d'écriture à l'emporte-pièce.