Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Simard, Matthieu

Échecs amoureux et autres niaiseries. Éd. Stanké, 2004, 201 p.

Un garçon malhabile avec les filles

Matthieu Simard en est à ses premières armes comme auteur. Pour célébrer ses trente ans, il a réussi à faire publier deux œuvres, soit Ça sent la coupe et Échecs amoureux et autres niaiseries. On y sent l'esprit des jeunes de la vingtaine à qui, d'ailleurs, les deux livres plairont sûrement. Plusieurs se reconnaîtront dans le second, en particulier les garçons incapables de dénicher l'âme sœur.

Ça les intéressera d'autant que sa forme et son écriture épousent la mentalité faussement désinvolte des jeunes mâles prétendument affranchis alors qu'ils se sentent très mal à l'aise en présence du sexe opposé, surtout quand l'enjeu est d'ordre affectif. L'œuvre se présente comme une chronique des rendez-vous galants d'un Montréalais désireux de combler son vide amoureux. Chaque chapitre narre l'une de ses rencontres qui se soldent toujours par un échec. L'auteur a choisi d'imprégner son roman d'une atmosphère conviviale plutôt que de succomber aux pièges de l'esbroufe littéraire. Ça donne une œuvre déglinguée, apparentée à la personnalité brouillonne des garçons.

Le héros, affublé du prénom de l'auteur, est un brave type comme on peut en croiser partout. Matthieu a un bon boulot et, surtout, une moto pour souligner son appartenance à la gent masculine. Il n'est pas machiste pour autant. Il est seulement " niaiseux " avec les filles. " Romantique comme un bloc de béton ", il ne sait que dire à celles qui l'intéressent, en particulier celles qui ont un beau sourire et de " belles boules ". Parfois, ses tentatives de rapprochement débouchent sur une cohabitation de courte durée. Mais, à cause de sa maladresse, il perd ses conquêtes qui fuient comme le diable dans l'eau bénite.

L'œuvre se limite à ses relations avec les filles. Elle ne pénètre pas la psychologie du héros, qui ne semble préoccupé que par la satisfaction de ses besoins affectifs. Au fond, il est le miroir de ses pairs. Il est cynique comme beaucoup de jeunes et drôle comme tout. Sa lettre au pape est hilarante. Il lui demande s'il peut prendre de la cocaïne parce que ça lui permet de rester éveiller pour prier. Les cocasseries abondent et le rappel répétitif de l'orthographe de son prénom avec ses deux " t " ont un effet comique qui rappelle Molière avec la cassette d'Harpagon. Si l'on sourit, il ne faut pas être dupe de la tristesse qui habite cette âme solitaire. Il faut dire qu'il mène une vie ennuyeuse. Boulot, moto, télé et bars. Quand même, son problème est bien réel. Il souffre énormément de ses inaptitudes au bonheur à deux. Il nous le crie même : " Vous auriez pas pu me le dire que c'était si dur? Qu'aimer, ça faisait mal. Qu'aimer, c'était souffrir, c'était se battre, c'était changer. Se faire changer, se tordre, se déchirer. Se déchirer, oui c'est ça. "

Planant sur un quotidien sans saveur, cette œuvre sans prétention se joint à la longue liste des portraits de jeunes, somme toute sympathiques, qu'ont déjà tracés de nombreux écrivains plus talentueux tels que Patrick Brisebois.