Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Tétreau, François.


En solo dans l'appareil d'état. Éd. de l'Hexagone, 2001, 183 p.

Les États-Unis vus par une espionne chinoise

François Tétreau est un traducteur et un critique d'arts qui a un oeil exercé pour saisir les nuances d'une oeuvre. À l'occasion, il applique son talent à la fiction, qu'il dilue en lui donnant une allure pamphlétaire. En solo dans l'appareil d'état n'échappe pas à cette emprise du critique sur le romancier.

Tétreau passe en revue toute la vie américaine en commençant par la cueillette des ordures jusqu'à l'administration de la Justice. L'auteur a bien saisi ce qui fait que quelqu'un est un Américain, cet être craintif qui souhaite que tous les pouvoirs servent ses intérêts. Pour sa démonstration, il se sert d'un groupe rock chinois qui s'amène aux États-Unis pour une tournée de concerts. Du rock chinois! En a-t-on déjà entendu? Il ne faut pas s'attendre à un roman qui porte sur la musique. Rapidement le groupe devra retourner dans son pays alors que la guitariste du groupe demande asile politique en plein spectacle.

Ce n'est qu'un subterfuge pour laisser le champ libre à cet agent secret qui doit espionner un consul chinois soupçonné de vouloir poser le même geste. Tout en luttant contre l'appareil d'état pour obtenir son visa, elle porte un jugement moral sur les États-Unis qu'elle communique à son supérieur par courrier électronique. C'est la voie qu'emprunte l'auteur avec assez d'habileté pour ne pas réduire son écriture à la sécheresse des messages envoyés par ce moyen.

L'auteur aurait pu développer davantage l'aspect romanesque de cette fiction. Il en avait l'occasion avec le journaliste entiché de la jeune espionne. Il reste qu'il juxtapose des tableaux assez ressemblants de l'homo americansis et de l'homo asiaticus. Dans Liaisons étrangères, Alison Lurie s'était livrée au même travail en distinguant les États-Unis de la fière Albion.