Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Segura, Mauricio.

Eucalyptus.
Éd. Boréal, 2010, 167 p.

Le Racisme chilien

C’est à Temuco, village où est né l’auteur, qu’a été érigé le décor du roman. Les Québécois ne seront pas dépaysés en lisant cette œuvre. Ils reconnaîtront leur origine paysanne à travers trois générations d’une famille juive originaire d’Espagne venue s’établir au Chili pour exploiter une ferme laitière, bornée par une forêt d’eucalyptus comparable à nos érablières.

Sous le règne de Pinochet, Roberto vient au Québec pour échapper à la prison. Quand les tensions politiques se sont résorbées, il retourne à Temuco. Est-ce un retour heureux ? C’est ce qu’Alberto, le fils de Roberto qui habite Montréal, cherche à savoir quand il va assister aux funérailles de son père. De la vie qu’il a menée aux causes de sa mort suspecte, il ressasse l’existence de son géniteur. Sa quête l’amène à déduire qu’il a vécu dans un contexte hostile aux exilés. Plus que cette donne, c’est l’antisémitisme des Chiliens qui transparaît à l’égard d’un juif bien enraciné dans son pays d’adoption.

Comble de malheur, Roberto a quitté sa femme pour la jeune fille du cacique de la tribu mapuche, qui revendique, à l’instar de la pinède d’Oka, les terres arables de Temuco même si elles sont menacées par le volcan Llaima et les eucalyptus, des arbres importés, qui dévalorisent les fermes en poussant comme des vinaigriers. Cette liaison lui fut peut-être fatale. C’est ce que son fils veut déterminer en rencontrant, comme dans un polar, les témoins de sa vie. Leurs révélations dressent des portraits contradictoires d’un homme généreux mais entêté, qui a emprunté maintes facettes afin de survivre dans une jungle, où sévissait une cruauté indicible alimentée par la jalousie.

C’est un beau roman émaillé de tics littéraires agaçants, qui repoussent le contexte du propos à la fin de l’argumentation. Il reste qu’il illustre avec originalité le sort que l’on réserve à la différence.