Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Beaudoin, Myriam.

Hassada. Éd. Leméac, 2006, 197 p.

Les Hassidim de Montréal

Hassada de Myriam Beaudoin aborde un sujet pointu d'autant plus que le raid d'Israël au Liban en 2006 a soulevé l'indignation des observateurs de la scène internationale. Avec délicatesse, l'auteure pénètre le monde des Hassidim de Montréal, des juifs fervents qui attirent l'attention des goyim (non juifs) par leur accoutrement. C'est à l'ombre des arbres centenaires d'Outremont qu'ils appliquent scrupuleusement les lois de la Torah, décriées récemment par les médias qui s'offusquaient que leurs écoles aillent à l'encontre des normes du ministère de l'Éducation. On embauche quand même des non juives pour faire apprendre le français aux jeunes du primaire uniquement. Après douze ans, on enseigne aux filles à devenir des épouses modèles.

C'est dans ce contexte que l'héroïne rend compte de son travail d'enseignante obligée de se vêtir en excluant " les blouses sans manches, les jupes au-dessus du genou, les pantalons, les tissus qui brillent, les coupes ajustées ". Sans compter les consignes formelles qui lui interdisent de discuter en classe de l'amour, des médias, des films, des chanteurs… En s'adaptant à cette communauté repliée sur elle-même comme les amiches, elle réussit à se faire aimer de ses élèves, et en particulier d'Hassada. Ce roman raconte l'histoire de leur amitié, interdite par la religion. Apparaît également en croisé l'aventure d'une femme mariée à un homme choisi, selon les normes hassidiques, par la communauté. Son cœur palpite quand elle rencontre un immigrant polonais qui occupe l'emploi de commis dans une épicerie. Rencontre fortuite qui se poursuit dans une ruelle. Somme toute, on sent que le choc culturel peut s'amenuiser, surtout si l'on considère l'intérêt des élèves pour les livres apportés par leur institutrice de la bibliothèque publique où elles ne peuvent aller.

En alternant le je et le il, l'auteure conjugue amour et amitié sans provoquer les susceptibilités. Dans une écriture hachurée à l'instar des paroles des chansons rap, elle décrit, avec une économie de mots et beaucoup d'objectivité, le hassidisme au féminin comme Éliette Abécassis l'avait fait dans La Répudiée.