Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Plomer, Michèle.

HKPQ.
Éd. Marchand de feuilles, 2009, 225 p.

De Hongkong au Québec

Une Québécoise travaillant en Chine est emmenée à l’aéroport par deux policiers hongkongais. Qu’a-t-elle fait pour qu’on la chasse du pays manu militari ? Selon la mentalité chinoise, c’est sa chance de retourner vivre au Québec même si l’extradée se plaît énormément à Hongkong, « un port parfumé » occupé par les sièges sociaux des grandes banques du monde. Pourtant, elle n’a rien à se reprocher selon les critères occidentaux.

Allez-y voir. On ne s’attache pas aux gens et à un yú (un poisson) impunément. En fait, le yù en question est une femelle qu'elle appelle affectueusement Poissonne. Elle entretient un amour ichtyologique avec cet animal de compagnie inhabituel qu’elle embrasse derrière la vitre de l’aquarium. L’amour, toujours l’amour. Amour auquel il lui faudra renoncer de gré ou de force. C’est un dur coup pour l’héroïne, qui était venue à Hongkong en veuve joyeuse pour refaire sa vie après le suicide de H., un conjoint coulé dans le ciment dès son enfance. Elle avait trouvé un certain équilibre en se procurant un sperm milk fish, dont les propriétés favorisent l’enrichissement de la testostérone. Dans un contexte asiatique, cet achat est loin d’être anodin. La mafia locale encourage la croyance qui veut que le règne animal comble les défaillances de l’espèce humaine. Ainsi se resserrent les morses de l’étau sur la pauvre femme que l’on veut dépouiller de son trésor pour guérir un policier de son impuissance et pour payer des dettes de jeux. Adhérent à la philosophie millénaire de son pays d’adoption, elle se laisse convaincre que l’on n’existe que pour créer la chance d’autrui.

En réduisant le bonheur à satisfaire ses semblables, le roman devient un pied de nez à l’Occident individualiste, qui a oublié qu’il faille aimer son prochain comme soi-même. L’argent ne serait qu’un outil pour atteindre cet objectif. C’est, en filigrane, une bonne leçon sur la cupidité. L’héroïne a perdu un conjoint, mais elle a gagné un univers plus riche parce qu’il outrepasse sa petite personne.

L’auteure sillonne les relations humaines avec une plume dépouillée et touchante. Les gens et les choses n’ont d’intérêt que pour leur utilité. C’est tout le contraire qui se produit dans Le Froid change la trajectoire des poissons de Pierre Szalovski, un roman qui traite d’un sujet connexe. Les raisons du cœur sont bannies de toute considération. En sinologie, on ne pourrait citer l’aphorisme de Pascal. Bref, c’est une œuvre brillante, qui dévoile, en peu de pages, ce qui distingue l’Occident de l’Orient