Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Séguin, Marc


Hollywood.
Éd. Leméac, 2012, 182 p.

Le Rêve américain

C'est le 24 décembre. Les cloches des églises de Jersey City vont bientôt tinter pour annoncer la naissance du Sauveur de l'humanité. Ironie du sort, Branka Svetidrva va mourir d'une balle perdue, qui précipitera du coup son accouchement. Rien ne naît, semble-t-il, sans subir le creuset de la mort.

Pourtant la jeune femme avait survécu aux balles des snipers de Sarajevo, sa ville natale. L'un deux a plutôt profité du contexte de la guerre pour la violer. Venue aux États-Unis via la France pour refaire sa vie, elle a rencontré l'homme de sa vie. Le roman s'attache à leur histoire d'amour, un amour toujours remis en question dans le cadre du rêve américain. Un amour qui ressemble à celui du couple dans Charlotte before Christ d'Alexandre Soublière. Qui dit couple dit tandem. Comment l'autre peut-il survivre à la mort de son amante ?

C'est la course de l'amant à travers les rues de Jersey City, laquelle se termine chez un couple d'anciens hippies en deuil d'un enfant adopté. Éros et thanatos se disputent la destinée de personnages qui croient moins en l'avenir qu'au présent qu'ils voudraient délesté du mensonge. Le roman aborde en fait la vie frelatée que tout un chacun mène en se mirant dans un miroir aux alouettes pour s'ajuster à l'image de l'American Dream que brandissent les suppôts de la vie hollywoodienne.

Le rêve américain contourne le quotidien pour encourager la gloriole proposée par Andy Warhol. Le présent ne serait qu'un passage vers le paradis retrouvé. Comme Ulysse qui refuse la proposition de Calypso, les personnages de Marc Séguin se penchent plutôt sur le hic et nunc de leur vie. Et la vie se conjugue avec autrui. Les ponts sont plus importants qu'une insularité idéale à venir. Il ne s'agit pas de se dépasser, mais de passer ensemble sur un territoire miné par de fausses valeurs.

L'auteur identifie les attaches trompeuses. Le passé qui laisse croire que la vie est un musée, comme c'est le cas de la France, qui se donne un air moderne en laissant oxyder sa langue par des américanismes. Le passé doit supporter le présent sans le réduire, l'amener à s'articuler autour de valeurs bien comprises telles que l'existence de Dieu, la démocratie, l'amour. La liste est longue pour un aussi mince roman. Un roman qui ne laisse rien au hasard. Tout est passé à la loupe. L'amont des personnages qui explique la conduite humaine. Mais au fond revient toujours la vraie question, celle de Richard Desjardins : " Tu m'aimes-tu ? "

Marc Séguin vient d'écrire une œuvre forte, une œuvre phare qui souligne ce que l'on veut vivre : être soi ou se prendre pour un autre. En fait, il indique que les États-Unis ne sont pas des paradis souhaités, encore moins à Hollywood. Ce qui intéresse cet auteur né à Ottawa en 1970, c'est la pâte humaine. Même comme peintre, il recourt à des os carbonisés d'animaux et des cendres humaines pour se tenir au plus près de l'humanité souffrante. Une humanité qu'il présente avec une écriture dépouillée. Il va droit à l'essentiel pour s'approcher du centre d'autrui en employant un style hachuré. Un mot, un point. Sa phrase nominale en dit plus qu'un long discours.

Bref, Hollywood est l'œuvre attendue, une lumière au bout du tunnel.