| Leblanc,
Perrine.
LHomme blanc. Éd. Quartanier, 2010, 174
p. Du goulag
au cirque de Moscou

Kolia
est né dans un goulag situé au pied dune montagne voisinant
la Kolyma, un affluent de lArctique. On a tu lidentité de ses
parents. Dans un régime communiste, les préséances de la
cause excluent les liens de sang. Chose impensable pour les enfants dun
camp de la mort, il a pu apprendre à parler et à écrire,
voire même à apprendre le français dun quidam cultivé.
Grâce
à lui et à dautres fonctionnaires empathiques, il sut garder
sa dignité même sil était affecté à des
tâches répugnantes quil exécutait sans regimber pour
quon ne lui plongeât pas la tête dans des matières fécales.
Ce nest quun exemple parmi tant dautres, auxquels Michel Solomon
fait allusion dans Magadam, ville où vécut Kolia après la
fermeture du camp avant de se rendre à Moscou. Des rencontres fortuites
dans les bars lamenèrent finalement à intégrer le célèbre
cirque de la capitale soviétique comme pantomime grâce à son
habileté de pickpocket quil pratiquait aux dépens des spectateurs
à qui il remettait le fruit de ses larcins. En
fait, cest moins un roman que la biographie fictive dun pierrot, lhomme
blanc du titre, qui a vécu lhistoire de la Russie, de lépoque
stalinienne à 1995. Si ce métier a réconforté Kolia,
sa vie intime fut moins brillante. Le camp sibérien marque un homme à
tout jamais. Et quand une suspicion paranoïaque devient lart de vivre,
une soif de reconnaissance, de convivialité et damour hiberne sans
connaître de printemps. Le roman laisse voir la bride qui a servi de rétention
au bonheur du héros. Faut-il en conclure que les régimes politiques
sont les prémisses des malheurs de lhumanité ? Sans pénétrer
la métaphysique russe, lauteure développe, à partir
déléments factuels seulement, un existentialisme menant à
considérer la vie comme une amertume. Lécriture
est suffisamment rapide, malgré ses lourdeurs, pour nous happer et nous
entraîner vers un dénouement, qui enseigne que, quand même,
on balise des sentiers utiles. Comme Le Travail de lhuître de Jean
Barbe, LHomme blanc révèle, sans prétention, le faix
dun peuple suspecté de subversion par ses dirigeants. Ce roman a
valu, à son auteure, le prix de la ville de Montréal 2010.
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