Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

David, Carole.

Impala. Éd. Les Herbes rouges, 1994, 127 p.
Famille italienne de Montréal dysfonctionnelle.

Carole Fioramore-David présente des immigrants italiens venus s'établir à Montréal vers les années 1950. Ils ont fui l'atmosphère déprimante de l'après-guerre, qui a suivi le régime de Mussolini. Ce sont ceux que les Montréalais ont côtoyés dans le quartier que l'on appelle aujourd'hui la petite Italie. L'héroïne Louisa habite d'ailleurs dans la rue Drolet avec sa tante Angelina, toujours habillée de noir.

Abandonnée par sa mère aux mains de cette femme fermée comme une huître, elle n'a que des photos jaunies pour constituer le puzzle de sa triste vie. Comme la gent féminine est soumise à l'omerta à l'instar de tous ceux qui gravitent autour des mafiosi, Louisa est fin seule pour débroussailler le passé douloureux duquel elle origine. Qui était sa mère, une chanteuse du style d'Alys Robi, qui se trimballait de bar en bar en Chevrolet Impala ? Qui était son père, un riche entrepreneur habitant une ville de l'East Island ? Tout un défi de les débusquer même s'ils sont encore vivants quand l'existence repose sur le silence et le mensonge. Se forger une identité dans un tel contexte, c'est se confier une mission impossible.

Dans le cadre du glamour poussiéreux de l'époque, l'auteure pointe les bornes suivies par l'entourage des rois de la pègre, qui ne craignaient pas de casser les reins de tous et chacun pour s'assurer de leur servitude. Comme André Noël dans Le Seigneur des rutabagas, Carole David soulève le voile noir de l'immigration, dont plusieurs ont assumé les frais en renonçant à leurs rêves les plus chers ou en fuyant pour ne pas se faire assassiner, tel Pacifique Plante, le chef de police de Montréal. Avec un réalisme saisissant, la narration rapporte les péripéties de cet exil, comptant parmi les dommages collatéraux de la Deuxième Guerre mondiale. L'œuvre s'anime grâce à un mécanisme structurel des plus efficace que vient appuyer une écriture alerte, mais un peu surannée. Malheureusement, l'éditeur a laissé passer de nombreuses coquilles.