Paul-André Proulx

Littérature Québecoises
Labrecque, Diane

Je mourrai pas zombie. Éd. Hurtubise, 2011, 240p.

La Pureté juvénile

Ce roman aborde la souffrance des adolescents. Une souffrance comme mode de vie. Ils n'ont que dédain de la vie, vénèrent un autre monde, se rient du sens de la mesure, cherchent à se soûler d'ersatz et cultivent, par-dessus tout, le sacrifice de soi, la souffrance et la mort pour éviter d'être des zombies, ces ectoplasmes qui ne carburent qu'à l'insignifiance. Ces jeunes ne voient pas que leurs réactions masochistes ne sont en fait que des prolongements de sentiments douloureux à travers des paradis artificiels, tels que l'alcool la drogue, l'anorexie et la mutilation.

Dib, une androgyne de Lévis, refuse de manger et se taillade les avant-bras pour se donner l'illusion d'exister. Exister selon son évangile autodestructif. Mourir au monde pour naître à un nouveau monde. L'adolescence, c'est l'âge de l'utopie. Les éphèbes sont en quête d'un point d'appui pour substituer à la médiocrité de la maturité, la pureté de leur jeunesse. Les monstres sont évidemment les parents. Il faut les fuir pour ne pas être corrompus par leur conformité aux normes d'une société vouée à l'argent et à la sexualité sans amour.

Dib est une pure et dure, qui appartient à un trio platonique complété par François et Hubert, deux élèves de son école. Trio qui voudrait réaliser le rêve de refaire le monde en s'inspirant de leurs lectures de Camus, de Sartre, de Nietzsche et de Réjean Ducharme, en particulier L'Avalée des avalés que Dib dévore parce qu'elle s'identifie à Bérénice

Devenue adulte, l'héroïne a perdu ses deux copains de vue. Barmaid dans un bar de Montréal, elle tente de renouer avec eux grâce à Facebook. Elle veut savoir s'ils sont passés aussi lamentablement qu'elle à côté de leurs rêves de jeunesse. Les retrouvailles sont fort décevantes. Elle réalise qu'ils vivent d'expédients amoureux tout en ayant joint les rangs du conformisme débilitant. Et comme elle ne cherche pas à devenir le jouet de leurs plaisirs, elle se tourne vers sa fille de 16 ans à qui elle inculque des principes filiaux parce qu'elle a finalement découvert que l'amour de ses parents lui avait échappé.

L'auteure a réussi une brillante analyse de l'âme juvénile, une analyse d'une haute tenue littéraire, mais accessible à un vaste public, car elle est bien ancrée dans le terreau de Lévis et de Montréal.