Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Laferrière, Dany.

Je suis un écrivain japonais. Éd. Boréal, 2008, 264 p.

L'Universalité de l'écrivain

" Vous m'incarcérez, mais vous ne pouvez m'enlever ma liberté ", disait un détenu à son geôlier dans un goulag de la Sibérie. Il n'est pas aisé de définir la liberté. Dany Laferrière s'y essaie avec ce roman. Sa définition rejoint l'esprit du prisonnier de Soljenitsyne. Pour y arriver, Dany Laferrière départage ce qui existe de son emballage, comme Diderot, dont il est un brillant disciple. Son ouvrage est en somme un pied de nez aux contingences qui réduisent l'auteur à son origine.

Pourquoi Dany Laferrière ne serait-il pas un écrivain japonais ? Le titre est banal puisque l'auteur en est à son onzième roman. Ce qui achoppe, c'est la restriction qu'impose l'adjectif. La localisation semble aller à l'encontre de ce qu'il dénonce. Il faut y voir l'ironie de l'auteur, qui suscite la curiosité pour nous entretenir de distinction. Le lecteur n'est pas dupe quand il parcourt un livre. Même s'il se glisse dans la peau d'un samouraï, il sait bien qu'il n'est pas un guerrier japonais. C'est l'immense avantage de la littérature de nous induire dans tous les rôles au-delà de toutes les frontières. Ce roman est un hommage rendu à tous ceux qui, par la magie de la plume, nous entraînent à leur suite par-delà le temps. Comme une étoile éteinte, même les écrivains disparus sont des guides, comme le poète japonais Basho, qui est, en quelque sorte, le principal personnage puisqu'il a été choisi par Dany Laferrière pour illustrer l'esprit qui doit présider à toute quête.

Le lecteur et l'écrivain ne sont que l'avers et le revers d'une même médaille. Les caractérisations ne sont qu'affaires d'éditeurs, de publicité et de médias. Dany Laferrière se montre moqueur à leur endroit. Il imagine même la droite japonaise condamnant le narrateur, avant même la sortie de son roman au nom du nationalisme étroit des Hérouxvilliens. Malheureusement, de nombreux chroniqueurs ont livré le punch du dénouement.

Bref, ce chef-d'œuvre présente l'écrivain comme un non-être dans le sens qu'il est ouvert à toute identité. " Un pour tous ", diraient les mousquetaires. Ce n'est pas sans rappeler L'Expérience interdite d'Ook Chung, qui a traité la thématique d'un point de vue inverse.