Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Cornu, Emmanuelle.

Jésus, Cassandre et les Demoiselles.
Éd. Druide, 2012, 202 p.

Des femmes et du con naïf.

Emmanuelle Cornu propose à notre attention l'aventure d'âmes écorchées par une enfance effarouchée. Les blessures plus ou moins profondes que l'on tait laissent parfois échapper un filet de voix pour signaler leur présence dans un monde obnubilé par un ego démesuré. " Je suis là ", semble-t-on dire. Un passé nébuleux engendre un présent tout aussi nébuleux qui ne demande qu'à conjuguer le verbe être, en particulier à la première personne du singulier.

Écrire des nouvelles sur un tel canevas exige un vécu signifiant, mais surtout un talent véritable. La vie est articulée par une mécanique bien huilée pour une première œuvre. Une œuvre qui fuit les sentiers battus. Le dépaysement fera fuir le lecteur, confortable que dans ses repaires. Les balises empruntées sont très personnelles. Il faut aimer aller à la rencontre de l'autre, pour la plupart des femmes. L'homme est presque banni de ce sentier parce que c'est " un con naïf " comme le petit Jésus dans son bain, qui cherche son Bic.

L'œuvre accompagne la gent féminine pour guider son cheminement plutôt douloureux. C'est un discours poétique qui ne parvient pas toujours à se dire même s'il tente de s'incarner dans la culture de la dame aux crottes, friande de tartes et de prunes. N'empêche que le traitement du contenu relève d'une grande originalité et, parfois, de l'humour d'un pince sans rire. Il reste à l'auteure d'affermir son écriture quand elle se dirige vers des poncifs tels que l'énumération.