Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Goudreault, David.

La Bête et sa cage. Éd. Stanké, 2016, 241 p.

L'Univers carcéral

David Goudreault vient de porter un grand coup en s'attaquant à l'univers carcéral masculin. C'est en quelque sorte un noviciat. Au lieu de s'initier à la vie religieuse, on se familiarise plutôt à la vie pénale. Les parangons ne sont pas les saints de l'Église, mais les professionnels du crime. Et l'arme se substitue au chapelet. En son absence, on en fabrique avec des ustensiles.


Le héros que l'on a connu dans son roman précédent se retrouve en prison pour meurtre dans la " wing " psychiatrique. Névrosés et psychopathes se côtoient comme s'ils étaient des chiens de faïence. On s'inspecte avec méfiance, car domine une hiérarchie à laquelle doivent se plier les apôtres délictueux. Un grand prêtre trône dans ce sanctuaire de la criminalité. Le vœu d'obéissance y est absolu. Gare aux manquements. La pénitence est de taille allant jusqu'à la sodomie, voire même le meurtre pour ceux qui ruent un peu trop dans les brancards du pouvoir établi entre les membres de la communauté pénitentiaire. Les prisonniers se donnent un code rigoureux pour gérer la curie criminelle. Même si un juge leur a imposé cette retraite fermée, ce n'est pas la méditation qui occupe leurs journées. La quête de soi cède le pas à la prise de pouvoir à l'intérieur des murs pour contrôler le trafic de la drogue et des médicaments, le viatique que chacun doit recevoir pour assurer l'autorité du bonze de la déliquescence. Pour s'en approcher, le tatouage représente une voie royale. En prison, le tatou est un symbole aussi fort que celui de la toge à la Cour. Il confère une notoriété indiscutable.

Ces pauvres hommes sont en somme déshumanisés. Le titre du roman est éloquent à ce sujet. Que cherchent-ils ? Comme le rêve fait vivre, ils ne pensent qu'à s'évader. Et la fuite se prépare de longues mains; toute leur énergie est canalisée vers cet objectif. Ainsi le temps file en nourrissant les neurones d'activités chimériques. L'introspection ne creuse pas les méninges. Le but de la vie se réduit à devenir un chef mafieux ou un membre de son entourage pour jouir d'un gros train de vie. En fait, leurs relations humaines se résument à des liens hiérarchiques comme c'est le cas dans la Casa Nostra. En regard de la femme, l'auteur ne décrit que les sentiments de son héros. Ce dernier ne voit le sexe opposé, en l'occurrence, l'agente correctionnelle responsable de son dossier, qu'à travers ses fantasmes. Ce n'est pas avec les yeux de la maturité qu'il perçoit l'image féminine. C'est en enfant ou en adolescent qu'il imagine ses rapports au féminin.

David Goudreault a exécuté un travail colossal pour dévoiler ce monde des prisonniers. Il ne porte aucun jugement sur ce qu'ils sont. Mais à la lecture, on se rend compte qu'ils leur manquent trop d'outils pour s'en sortir. On peut presque prédire qu'à leur libération, ils deviendront probablement des récidivistes. Ils ne connaissent que la gent criminelle. Le héros fréquente la bibliothèque certes, mais ce n'est pas suffisant pour faire le point sur son état de vie d'autant plus que ses choix de lecture peuvent lui mériter plus de malveillance de la part des screws (gardiens) en autres. En résumé, tous sont prisonniers d'un cercle vicieux.

Le roman n'adoucit pas ce qui se passe derrière les barreaux. Sodomie, trafic, mutinerie sont des éléments de la vie quotidienne. Et la description est réaliste. C'est la cruelle vérité d'autant plus que l'auteur est un intervenant dans le milieu. Il a tout de même poli sa plume en évitant les jurons et le langage vernaculaire. Tout déboule avec célérité, mais il reste que c'est parfois redondant.