Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Durand, Mylène

La Chaleur avant midi.

Éd. Pleine Lune 2014, 233 p.
S'énergiser au Costa Rica.

Les paradis fiscaux voisinent les paradis du bonheur. La nature généreuse du Costa Rica semble tout indiquée pour camoufler l'argent des uns et les malaises des autres. Une Québécoise s'y est refugiée en laissant mari et enfant. Artiste peintre de renom, elle a troqué ses pinceaux pour la corvée des femmes de chambre d'un hôtel d'une station balnéaire adossée à des volcans dressés devant la mer.


Fuyant un quotidien décevant qui la déprime, Clarisse ambitionne de refaire le plein d'énergie dans un ailleurs qu'elle juge plus propice. Au milieu de touristes détendus, quoi de mieux pour retrouver son entrain. Son choix s'avère judicieux. Son cadre de travail lui plaît au point d'investir dans le complexe hôtelier. Elle noue même des amitiés parmi les membres du personnel, voire même un amour avec Joaquin, moniteur de surf et guide pour les clients qui veulent faire du trekking afin de s'approcher des gueules fumantes des volcans, tout en appréciant la faune et la flore costariciennes. Tous veulent admirer le plumage du quetzal et voir des capucins et même des araignées velues. On compte sur Joaquin pour pénétrer les mystères de la jungle jouxtant l'hôtel.

L'auteure a harmonisé son roman avec l'impression que peut laisser une nature sauvage, mais que connaissent bien les enfants du propriétaire de l'établissement ainsi que certains employés. Même Clarisse a apprivoisé ce milieu hostile à première vue. Elle ne craint pas de diriger des visites guidées ou de suivre le littoral pour profiter des plus belles plages. Le soleil, le sable et la mer forment un trio du tonnerre pour les vacances. Elle a enfin découvert le meilleur des mondes.

Le bonheur ne vient pas sans nuages. Quand une autre Québécoise loue la chambre 6 de l'hôtel, le ciel se voile d'autant plus qu'elle est atteinte de la dengue, une infection virale transmise par les moustiques. La maladie la cloue à son lit. Heureusement Clarisse prend soin d'elle avec un zèle intempestif. Elle s'en occupe comme si c'était sa propre fille. Même plus, elle croit même que c'est elle. Aborder la question pose un dilemme qu'accentue le mystère que dégage la jeune femme. Quand cette dernière ayant combattu la maladie se mêle à la clientèle, on la craint à cause de son magnétisme qui ensorcelle tous et chacun. On s'en méfie, et le cadet des enfants du propriétaire l'espionne. Tout aussi bizarre qu'elle, il la pourchasse dans ses moindres activités. Sa curiosité presque maladive en fait le fouineur parfait de la vie d'autrui. En fait, les personnages tentent de se sortir de l'ambiance empoisonnée qu'a créée la venue de la jeune Québécoise.

L'auteure a bien su créer une trame qui entrecroise les mystères de la nature avec ceux de l'âme. Ils se répondent comme s'il s'agissait d'un miroir. Mais un miroir qui a perdu de son tain. Le lecteur devra imaginer patiemment le tableau dans une atmosphère suffocante. Tout est tissé tellement serré qu'on parvient péniblement à démêler l'écheveau. Ceux qui aiment les intrigues mystérieuses seront servis à souhait. Les impatients devront aller voir ailleurs parce que ça tourne quelquefois en rond. Mais comme roman haletant, c'est une réussite.