Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Hamelin, Louis

La Constellation du Lynx. Éd. Boréal, 2010, 594 p.

La Crise d’octobre

C'était le temps des fleurs

On ignorait la peur

Et chaque jour avait un goût de de miel

On était jeunes et l'on croyait au ciel

Louis Hamelin cite ce refrain du Temps des fleurs de Dalida. On est jeunes et on veut refaire le monde autour d’un pichet de bière. L’oktoberfest, célébrant la bière depuis octobre 1810 en Allemagne, s’est traduit en octobierrisme (octobre 1970) au Québec. De jeunes hommes ont voulu défier le sort dévolu aux Québécois que Pierre Vallière qualifiait de « nègres blancs d’Amérique ».

Pour ces utopistes, l’octobierrisme était « une herméneutique comme l’existentialisme selon Sartre et un humanisme ». Ils avaient bien mal interprété les aspirations de leur propre peuple, aucunement entraîné à prendre leur destinée en main. Les gouvernants se sont empressés de terrasser ces terroristes en recourant à l’amère loi des mesures de guerre, qui ne fut appliquée qu’au Québec contre les opposants de la conscription. La belligérance se heurte à nos us et coutumes. Notre pacifisme a retenu les sympathisants à la cause des felquistes, des individus sans héraut, qui préconisaient la libération du Québec. Contrairement aux zapatistes du Chiapas, ils étaient dépourvus d’envergure, voire mal vus quand est survenue la mort de Pierre Laporte, rebaptisé Paul Lavoie dans le roman. Même si elle ne résultait pas d’une haine vengeresse, le cadavre de ce ministre est devenu un message que les autorités ont interprété comme l’avertissement précurseur d’une insurrection.

Louis Hamelin s’est farci les documents ad hoc de cette conspiration appréhendée. À travers Samuel Nihilo, il entreprend une enquête journalistique pour dépoussiérer cette histoire nébuleuse, qui a sidéré le Québec en 1970. La version officielle des événements était trop vaporeuse pour s’accréditer à ses yeux. Avec Marie-Québec, le héros parcourt le Québec, 20 ans plus tard, en quête de la version du drame de la bouche même des lynx, les détenteurs de secrets selon la culture amérindienne. Il lui faut s’approcher d’eux avec un sourire à la Mona Lisa s’il veut reconstituer la constellation des péripéties responsables de la mort d’un ministre, qui a servi de monnaie d’échange pour un sauf-conduit.

Ce travail titanesque sur la Crise d’octobre n’est pas un salmigondis d’anecdotes à l’instar de nombreux romans d’époque. Il profile en profondeur la personnalité de ces personnages épris d’un idéal politique, qui se sont donné la mission de sauver le peuple sans chercher son aval. Malheureusement, ils évoluent dans un univers labyrinthique, composé de racoins inutiles comme la guerre de Corée.

Avec cette somme, Hamelin délaisse le gongorisme pour se tourner quelque peu vers un langage plus populaire. Cependant sa plume n’a pas encore la fluidité souhaitable. Le lyrisme l’emporte parfois dans des envolées magmatiques très peu élégantes, mais on sent tout de même un auteur plus humain et attentif à la nature comme Monique Proulx dans Champagne. Cette œuvre transporte la quête des âmes du changement qu’elle harmonise à celle des grands auteurs américains, tels que Truman Capote, qui dénonce la peine de mort dans De sang-froid. Quête d’une vérité pointant l’hypocrisie des hégémonies que l’on appelle honteusement des démocraties. Quête d’une société utopiste à laquelle l’auteur s’intéresse à travers toutes ses œuvres en analysant l’appétence des personnages.