Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Houde, Nicole.

La Fiancée de God. Éd. La Pleine Lune, 2005. 143 p.

L'Adultère dans un village acadien

Dans la foulée de Mai 1968 et du Printemps de Prague, le Québec a vécu ses velléités de changement qui se sont évanouies en 1970 avec l'enlèvement de Pierre Laporte et de James Cross. Dans ce contexte troublé, baptisé la Crise d'octobre, Martine participe à une initiative gouvernementale visant à instaurer un comptoir alimentaire dans un village acadien de la baie des Chaleurs.


Appuyée surtout par des femmes, elle mène son projet à terme dans un climat de suspicions engendré par son origine montréalaise. Considérée comme une communiste, membre du FLQ, elle paiera chèrement son apport à l'émancipation d'un petit village façonné à l'esprit de l'Inquisition. On épie ses moindres gestes pour la lyncher à la première occasion. Ce qui ne tarde pas d'ailleurs. Martine n'est pas seulement une femme engagée socialement. Elle est habitée par un passé douloureux qu'elle noie dans l'alcool. Ayant connu une vie qui s'est déroulée sous le signe de la mort, celle de sa sœur et de ses parents, elle ressent ces départs comme des abandons, qu'elle tente de combler par un amour qui assurerait sa survie. Malheureusement, elle ne rencontre que des faibles. Son mari la quitte, et son amant attire sur elle les foudres d'une paroisse intolérante à l'égard de l'adultère.


Le roman de Nicole Houde porte le sceau de l'exclusion, celle d'une étrangère, mais aussi celle de God Comeau, l'idiot du village, qui considère l'héroïne comme sa " fiancée ". L'auteure illustre en fait la petitesse d'esprit qui exige que tous résultent du même modèle. Sa démonstration est cependant un peu trop succincte. On assiste à une course effrénée vers le dénouement à coup de rebondissements, qui accroissent le mal à l'âme de Martine sans creuser suffisamment ses assisses. Heureusement, l'écriture entoure ce roman d'une aura poétique qui fait écho à l'œuvre de Gaston Miron.