Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Huglo, Marie-Pascale.

La Fille d'Ulysse.

Éd. Leméac, 2015, 213 p.
Un Ulysse moderne voyageant en conteneur

Ulysse prit dix ans avant de revenir de la guerre de Troie. Bien des embûches se sont dressées sur le chemin le menant à son île d'Ithaque afin d'y retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Le roman de Marie-Pascale Huglo a transformé le jeune homme en fille qu'elle a baptisée Camille. Comme le héros d'Homère, elle veut délivrer le monde du mal qui le menace.

Son idéal prend racine dans l'insularité qui réduit son univers. Vivant sur une île malveillante perdue au milieu de l'océan, elle est animée du désir de se réengendrer dans un monde meilleur. Délaissant sa jumelle, elle s'embarque clandestinement sur un cargo qui la largue au milieu de nulle part, une île formée récemment par des débris volcaniques où des hommes de science et des écologistes espèrent y fonder une colonie qui servirait leur utopie.

La vie n'est pas aisée dans ce milieu marécageux et nauséabond où l'on vit dans des conteneurs. Ces derniers sont devenus d'une importance capitale dans la littérature québécoise en cette année 2015. Nicolas Dickner en fait un enjeu dans Six degrés de liberté et Anne Guilbault a suivi ses traces dans Les Métamorphoses pour des gitans fuyant vers l'Amérique. Le quotidien des habitants de cet univers boueux se déroule en activités dérisoires. Seule une plante aux propriétés presque magiques retient leur attention. C'est la course pour la tirer de ce sol ingrat. Comme un chat en quête d'une proie végétale, Camille est avantagée pour cette cueillette du fait qu'elle soit nyctalope. Elle réalise finalement le caractère chimérique de ses rêves. Grâce à un vieil Italien, elle quitte l'île avec lui sur un bateau qui navigue vers Gênes. C'est le point de départ pour un retour chez elle. Comme le saumon à l'assaut de la rivière qui l'a vu naître, l'amont ne reconnaît pas facilement les eaux qui ont coulé vers l'aval. On devient rapidement un étranger chez soi.

L'auteure brosse un beau tableau des aspirations humaines. Les sirènes font miroiter des eaux invitant à la baignade. Qui s'y plonge s'y noie. Les cauchemars découlent souvent des rêves que l'on croit réalisables. Avec les oripeaux du fantastique, elle présente un monde en quête d'un bonheur qui est loin de satisfaire les appétences. Même l'amour se rebiffe devant les promesses les plus crédibles. Démêler le vrai du faux est une tâche presque impossible. Mais pour être heureux comme Ulysse qui a fait un beau voyage, le dénouement laisse comprendre qu'il ne faut jamais lancer la serviette.

La thématique est traitée avec originalité. Et l'écriture supporte bien l'intérêt du lecteur, mais elle ne parvient pas à circonscrire le caractère ennuyeux du travail des chercheurs sur une île fantomatique à l'instar de celle apparue près des côtes du Japon en 2013.