Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Lacroix, Benoît.

La Foi de ma mère. Éd. Bellarmin, 2000, 555 p.

Être femme avant 1960 .

En 1986, Benoît Lacroix faisait paraître La Religion de mon père; treize ans plus tard, en 1999, La Foi de ma mère : deux ouvrages indispensables à quiconque veut connaître l'univers religieux dans lequel ont vécu les Québécois jusqu'au début de la Révolution tranquille. Personne n'est mieux placé que Benoît Lacroix pour faire revivre cette époque à jamais révolue, mais qui a marqué en profondeur l'imaginaire religieux québécois. Spécialiste des religions populaires, historien, théologien et philosophe, il interroge avec finesse les souvenirs d'un passé familial rempli de richesses et d'inédits, qu'il ranime à travers les propos quotidiens, et combien savoureux, de sa mère et de son père. Benoît Lacroix, baptisé sous le prénom de Joachim, fait partie de l'ordre des Dominicains. Observateur lucide et passionné de l'Église et de la société québécoises, auteur d'une quarantaine d'ouvrages, il est devenu la coqueluche des médias.


Le père Lacroix écrit avec une plume qui soulève l'enthousiasme. La Foi de ma mère est un livre autobiographique qui glorifie la femme. Avec ce prêtre, les féministes n'auraient pas besoin de chercher un défendeur masculin à leur cause. Dans cette œuvre, l'auteur décrit comment sa mère a vécu la foi sous la férule d'une Église machiste qui accordait plus d'importance au nombre d'enfants qu'une femme devait avoir, soit la douzaine comme les œufs que l'on vend à l'épicerie.

Elle était d'une grande intériorité. Ses relations avec Dieu débordaient sur sa famille où chacun apprenait davantage à aimer son prochain que de compter le nombre de chapelets récités dans une semaine. On fait le tour d'une époque trop accrochée à une pratique catholique qui ne débouche pas sur l'amour d'autrui. Yann Martel, qui aborde la même thématique que Benoît Lacroix dans ses romans, ne renierait certes pas l'œuvre de ce pionnier du débroussaillage de la foi auprès des femmes qu'il avoua aimer.