Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Leroux, Catherine.

La Marche en forêt.
Éd. Alto, 2011, 300 p.

L'Esprit de famille

" Famille, je vous hais ", a écrit André Gide dans Les Nourritures terrestres. C'est l'ennemi dont il faut se méfier, renchérit David Homel dans L'Évangile selon Sabbitha, car elle enseigne la honte de soi. Celle à laquelle s'attache Catherine Leroux ne joue pas le rôle oppressif que décrivent plusieurs auteurs. Il s'agit d'une famille délestée de son pouvoir castrateur et de ses rites fastidieux. Une famille à laquelle il est bon d'appartenir pour se donner des repères. Une filiation en somme qui assure l'intégrité des membres qui la composent.

La région de Lanaudière semble être le port d'attache de tout ce microcosme, qui se fait soigner à Joliette. Sous forme de chroniques, l'auteure s'arrête un court instant à un vécu qui s'étale sur plusieurs générations. Pour faciliter la tâche du lecteur, un arbre généalogique indique les embranchements qui unissent les descendants de Fernand Brûlé. Et comme dans toute famille, l'échantillonnage de ses membres est assez varié. Le roman met tout en exergue, le bon comme le moins bon. Malgré leurs réticences se côtoient l'artiste peintre, l'homosexuel, le garagiste, le violeur et la fille enceinte d'un autiste. On n'évacue pas non plus les inconvénients de la vie. Et la seule façon de vivre longtemps, c'est de vieillir. Qui dit vieillir, dit aussi sénilité. À quoi bon le cacher ? Tout y passe. C'est un portrait exhaustif, trop même, de la famille québécoise, dont les racines remontent à une ancêtre amérindienne, qui sert de fil conducteur pour illustrer en filigrane le caractère de gens fiers de leur ADN.

En résumé, c'est comme un genre de famille Plouffe, celle du feuilleton des années 1950. C'est ambitieux comme premier projet littéraire, mais le réduire au registre familial limite son intérêt. Cette force centripète élimine la famille Brûlé comme témoin de son époque. Tout de même, il reste, comme l'illustre la page couverture, que chacun est un phare qui éclaire le cheminement d'un clan vers sa source, celle d'une Alma avec laquelle il renoue après sa longue marche en forêt pour revenir chez les siens après avoir participé à la guerre de sécession.

Finalement, Catherine Leroux a soigné son écriture afin de la rendre dépouillée pour mieux cerner le cœur de ses personnages, lesquels tentent de se faire présents aux yeux des leurs. Sur la même thématique, Nicolas Dickner a écrit Nikolski, un roman plus percutant que celui de sa consœur.