Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Fortier, Yann

L'Angoisse du paradis.

Éd. Marchand de feuilles, 2015, 231 p.
Les Voyages d'un historien russe

Ce roman offre l'occasion de parcourir le monde à la manière d'un touriste pressé. D'hôtel en hôtel, d'avion en camion, on s'arrête un court instant, le temps d'un cliché littéraire. Qu'est-ce qui donne la bougeotte au professeur Zolotov, un historien russe qui raconte sa vie et surtout ses déplacements en Occident ? En fait, il est angoissé par sa quête d'un paradis qui ferait de lui un homme libre.

La recherche du paradis perdu n'est pas nouvelle. Pour s'y faire, le héros examine d'abord ce qui se passe en Union soviétique, en particulier à Gorki, sa ville natale. La chute du régime en 1992 a-t-elle libéré ses commettants? Il semble que non. Existerait-il un ailleurs qui comblerait les vœux de libération de l'homme ? New York, Cuba, Barcelone, Montreux ne contiennent aucun élément qui permettrait de profiler un plan pour accéder à son affranchissement, fort compromis par ailleurs par le consumérisme. Le romanichel qui gère un cirque aviaire offrirait peut-être le modèle à suivre. Avec toutes les embûches qui se dressent sur son chemin, il n'est pas sûr qu'il puisse vivre selon ses désirs. Il reste un archipel du Pacifique où la population vit sans contraintes ou presque à l'image des premiers hommes de notre univers. Ce professeur anxieux de débusquer la voie de la liberté laisse entendre finalement qu'elle se trouve en soi comme le prouve l'aveugle qu'il a rencontré dans une île dépourvue de toutes commodités.

Même si le roman emprunte une voie maintes fois foulée qu'apprécient ceux qui veulent voir le monde en suivant le trajet tracé par les médias, le voyage, comme soutien à la thématique, est valable Mais il reste la structuration de l'œuvre qui est fort défaillante. On a plutôt l'impression de lire un recueil de nouvelles, où chacune présente un personnage susceptible de soutenir la quête du héros. Comme sur le pont d'Avignon, plusieurs y passent le temps de dresser rapidement un portrait avant que n'en commence un autre. Il n'est pas suffisant que le fil conducteur soit tenu par cet historien russe. Les liens entre lui et les autres protagonistes sont sans consistance. Et que dire de l'écriture filandreuse qui véhicule le message ? Pourquoi faire simple à l'instar de Jacques Poulin quand on peut triturer des phrases pour les rendre amphigouriques ? C'est le défaut de tout auteur qui en est à sa première œuvre. Il veut en mettre plein la vue.