Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Meunier, Sylvain

La Nuit des infirmières psychédéliques. Éd. Courte Échelle, 2010, 263 p.

Montréal sous l’emprise du diable

À cause des nombreux souterrains de Montréal, une organisation diabolique y a installé ses pénates pour assurer sa suprématie sur la ville. Elle est déjà à l’œuvre dans un hôpital du quartier Ville La Salle. Hospitalisé, Gilles Meunier, le père de l’auteur, est la proie des infirmières malveillantes de cet hôpital plutôt inhospitalier.

À l’instar d’Orphée désireux de libérer sa femme Eurydice de l’enfer, Sylvain Meunier, en brave Longueillois, accourt au chevet de son géniteur pour qu’il échappe aux griffes de ces démones. Comme auteur, il devient le Claudio Monteverdi en adaptant l’opéra Orfeo à la littérature. Il veut débusquer les suppôts de Satan, le « coro di spiriti infernali ». Ne s’attaque pas à ce chœur infernal sans y laisser des plumes, qui s’ajoutent à celles des anges déchus. Le combat s’annonce perdu. Au volant de sa Prius, Sylvain Meunier échappe à la poursuite d’un Hammer conduit par une âme damnée, mais il risque de rendre l’âme dans le tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine.

Le roman enrichit le créneau du fantastique avec les horreurs de l’enfer, qui réduisent les humains en cloportes. Mais ne sommes-nous pas notre propre enfer, contrairement à ce qu’a écrit Jean-Paul Sartre ? C’est ce que révélera le dénouement. Avec cette œuvre sans prétention, l’auteur veut tout simplement amuser son lectorat. Il en a profité pour y ajouter quelques éléments de sa culture et de la culture d’autrui qu’il condamne sans ménagements. Pauvres amateurs de golf et de sexe ! Quelques allusions juteuses feront certes « éjaculer un clou » (sic). Il ne faut pas bouder son plaisir de lire avec des grilles d’analyse. Il faut plutôt courir après le mot « Fin », qui clôt chacune des péripéties.