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Leclerc,
Rachel.
La
Patience
des
fantômes.
Éd.
Boréal,
2011,
257
p.
Se
donner
une
famille

Apollinaire
a
écrit
quon
«
ne
peut
transporter
avec
soi
le
cadavre
de
son
père.
»
Bernhard
Schlink
lui
répond
dans
Le
Liseur
que
«
nous
devons
vivre
»
avec
cet
«
héritage
dont
nous
sommes
marqués
».
Quel
fleuve
renie
son
amont
?
Cest
la
somme
de
ses
affluents
qui
donne
de
la
force
à
son
débit.
Rachel
Leclerc
illustre
cette
dynamique
et
invite
même
tous
ses
personnages
à
«
consolider
leur
bout
de
chaîne
»
pour
que
le
navire
tienne
le
cap
sur
un
fleuve
houleux.
Drossé
par
les
vents
contraires
qui
se
lèvent
sans
crier
quai
à
bâbord
ou
à
tribord,
il
doit
naviguer
entre
de
traîtres
récifs
et
des
bancs
de
sable
qui
menacent
sa
coque.
À
linstar
de
lancêtre
Joachin,
à
qui
on
a
remis
une
montre
pour
avoir
sauvé
un
bateau
du
naufrage,
il
faut
bien
conduire
la
barge
pour
que
les
écueils
nenrichissent
pas
impunément
les
marchands
de
cercueils,
La
patience
des
fantômes
familiaux
est
bien
nécessaire
pour
que
les
nouveaux
gabiers
apprennent
les
manuvres
pour
affronter
les
morts
subites,
les
disparitions,
les
séparations,
les
maladies
mortelles,
les
départs
inopinés
et
les
ravages
de
lalcoolisme.
Comment
tenir
son
bateau
à
flot
quand
léquipage
est
malmené
par
de
mauvais
haruspices
?
Cest
ce
quévoque
lauteure
en
décrivant
le
cheminement
dune
famille
de
Rimouski,
qui
se
perd
de
vue,
mais
que
le
temps
rassemble
comme
la
vieille
montre
du
grand-père
rappelait
lhoraire
à
suivre
pour
ne
pas
manquer
le
bateau
même
si
les
événements
travaillent
en
sa
défaveur.
Écrit
avec
une
maîtrise
consommée
de
lart
scriptural,
ce
roman
poétique
plonge
au
cur
dune
nature
que
lon
dénature
en
défigurant
Rimouski
pour
mettre
la
ville
sur
la
mappe,
mais
quand
même
une
nature
adossée
à
la
mer,
que
ce
soit
le
long
de
la
Baie-des-Chaleurs
ou
de
la
Baie-de-James.
Cette
histoire
fait
lobjet
du
roman
de
Richard,
le
petit-fils
de
Joachin.
La
maladie
de
sa
nièce
enceinte
et
atteinte
dun
cancer
la
ramené
au
bercail
pour
lui
prêter
main
forte
pendant
que
son
mari
est
à
létranger.
Ça
boucle
le
cercle
familial,
mais,
surtout,
ça
indique
une
valeur
sûre
pour
triompher
de
ladversité.
Ce
nest
pas
une
saga.
Comme
dans
La
Marche
en
forêt
de
Catherine
Leroux,
cest
la
quête
dun
clan,
qui
vise
à
se
donner
une
famille.
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