| Lavoie,
Marie-Renée. La
Petite et le Vieux. Éd. XYZ, 2010, 237 p. Une
enfance à Limoilou
La
Révolution française de 1789 est revécue dans le quartier
Limoilou de Québec des années 1980. Cest à travers
Oscar, capitaine de la garde royale de Marie-Antoinette, que lauteure aborde
le monde de lenfance dans un quartier habité par de nombreux patients
désinstitutionnalisés de lhôpital psychiatrique de Giffard.
Lady Oscar était une fille qui avait emprunté lidentité
dun homme. Ardente défenderesse de la reine, elle est passée
dans le camp des insurgés lors de la prise de la Bastille.
La
Petite et le Vieux nest pas un roman historique. Il sagit plutôt
de lexaltation dHélène, une fillette de huit ans, qui
se déguise en garçon à linstar de son émule
Oscar, dont elle a dévoré la bande dessinée à Canal
Famille. Elle rêve davoir le courage de souffrir pour améliorer
le sort de son entourage. Fille dun professeur malheureux et dune
mère qui porte le faix des problèmes familiaux quelle règle
à coups de « cé ça, cé toute»,
elle a décidé de livrer les journaux le matin, dêtre
serveuse dans une salle de bingo le soir et de sortir les poubelles des voisins
pour 10 cents. Cest ainsi quelle lutte contre la pauvreté des
résidants virevoltant autour dun dépanneur, un personnage
important pour satisfaire les besoins des nécessiteux, qui se consolent
avec des cigarettes et de la bière. Elle
séprend de tous les malheureux, comme son voisin, un vieux ayant
passé trente ans en institution psychiatrique. Depuis sa réintégration
sociale, ses journées sécoulent à écluser de
la bière, assis dans un fauteuil esquinté enraciné dans une
cour poussiéreuse. Malgré ses jurons de charretier acariâtre,
Hélène, alias Jos, lui procure de petits bonheurs, comme celui de
faire recouvrir son fauteuil. Elle noue davantage ses liens en lui offrant Le
Vieil Homme et la Mer dHemingway. Un roman dont la mer nest quun
transit vers un monde meilleur, le leitmotiv qui aiguille lhéroïne
En
fait, le roman souligne la bonté dune fillette à qui Marie-Renée
Lavoie prête un peu trop de sa sensibilité aux injustices sociales
Cest quand même beau dautant plus que lécriture
conviviale emprunte parfois des tournures jouissives comme « ces hivers
qui condamnent les talons hauts aux jachères ». La qualité
première du roman repose sur les émotions que lauteure suscite
avec la chute des faits quelle raconte. Un don qui ferait delle une
excellente nouvelliste. Bref,
le roman donne par contre une vision romantique de la société à
sauver. Mais, comme Le Vieil homme et lEnfant de Claude Berri avec Michel
Simon, cette histoire touchante et drôle malgré la thématique
sajoute avec bonheur au créneau des initiations enfantines. |