Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Fortier, Dominique.

La Porte du ciel. Éd. Alto, 2011, 282 p.

Le Patchwork de la Louisiane

La Louisiane est un patchwork de sangs-mêlés. Si la population du Lac Saint-Jean est frappée d'acidose lactique, cette maladie congénitale épargne certes les Louisianais, dont les ancêtres viennent de l'Afrique, de l'Angleterre, voire du Canada à la suite de la déportation des Acadiens en 1855. La métaphore de la courtepointe illustre très bien le phénomène, qui caractérise nos voisins du Sud, de la Louisiane à l'Alabama.

Chaque volet du roman est entrecoupé par un modèle de courtepointe. La confection est un travail de patience, qui sert d'exutoire aux femmes pour s'exprimer. Les esclaves louisianaises signalaient leur originalité avec leurs œuvres faites main, auxquelles s'ajoutaient les broderies des riches blanches. Leur liberté passait par l'aiguille et le dé à coudre.

Il s'agit bien de liberté dans ce roman à saveur historique. Dieu aurait créé les noirs pour servir les blancs. Sur la toile de la guerre de Sécession, l'auteure pique l'ardent désir d'un affranchissement, qui exige son quota de sang et de morts. Les États-Uniens sont même prêts à diviser le pays au nom d'un esclavage de droit divin. En fait, cette guerre est-elle terminée ? Le Ku Klux Klan l'a perpétuée. Et aujourd'hui le Tea Party l'alimente fortement.

C'est ensemble qu'elles affrontent la vie. Eleanor doit survivre à sa belle-famille, qui la confine au rôle de génitrice. Et Ève, qui l'a suivie après le mariage, doit s'effacer, voire même fréquenter l'église destinée à ses congénères. Les femmes sont plutôt des avatars créés par la gent masculine, jalouse des privilèges que leur confèrent la race et la testostérone.

Ce tableau, riche et majestueux, révèle une Amérique affaiblie par ses divisions et son aspiration à vouloir représenter la faction qui incarne le plan divin sur la terre. Le don de conteuse de Dominique Fortier est incontestable. Cependant il y a un mais. La quête des deux jeunes femmes pour ouvrir la porte du ciel est passionnante, mais la toile de fond les écrase sous son poids informatif. Dommage !