Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Ouellette-Michalska, Madeleine.

L'Apprentissage. Éd. XYZ, 2006, 134 p. (Bas St-Laurent, 1930)

Le parcours d'une Gaspésienne devenue écrivain.

Avouer son intérêt pour l'écriture, c'est souvent s'exposer à l'incompréhension, voire à la condamnation d'autrui si l'on est une femme. C'est ce que Madeleine Ouellette-Michalska démontre avec son nouveau roman. L'héroïne, une fillette du Bas-Saint-Laurent, entend une voix qui la supplie de s'envoler vers le royaume des scribes du haut des falaises de sa région auxquelles se substitue le Mont-Royal à l'âge adulte. Belle image qui invite au dépassement comme Jonathan Livingston le Goéland!

Accomplir cet exploit exige une détermination à toute épreuve. Il lui faut d'abord découvrir le terreau convenant le mieux à son projet d'écriture. C'est son enfance pastorale au bord du fleuve qui le lui fournira. À force d'observer mère, tantes et cousines comme rite d'apprentissage à son rôle féminin, l'adulte qu'elle est devenue a amassé un matériau suffisamment riche pour articuler une œuvre originale. Mais ne devient pas écrivain qui veut. Dans un contexte patriarcal, il faut s'attendre à ce que l'on retienne les filles dans les rets familiaux. Se marier, c'est adopter le cocooning aux dépens de l'amour. Dire que nos grand'mères se confessaient d'éprouver du plaisir pour " la chose "! En somme, il s'agit d'une œuvre féministe qui tente de prouver que la société a idéalisé la femme désexualisée par le mariage et vouée aux besoins des siens.

Ce roman décrit le parcours d'une écrivaine, mais il s'appliquerait tout aussi bien à une autre profession. L'auteure entretient en deux coups de cisailles un sentier déjà bien débroussaillé. Son roman, écrit avec élégance, a malheureusement perdu sa pertinence, mais, en bonne pédagogue, elle sait qu'il faut se répéter pour que tous perçoivent les irritants machistes dont est victime la compagne de l'homme.